Pier Paolo Pasolini

Ce texte écrit en 1954 est extrait des « Petits Poèmes » dédié à Antonio Gramsci. Gramsci est enterré au cimetière non catholique de Rome, entre la Porte Saint Paul et le quartier populaire de Testaccio. C’est une petite tombe où seulement sont inscrits « Cinera Gramsci » et les dates. En 1970, Pasolini s’est rendu à cette tombe, la photo a été prise à ce moment là.
Pasolini converse avec la tombe de Gramsci, c’est en mai. Gramsci était « jeune alors en ce mois de mai où faire erreur signifiait encore vivre, un mai italien qui ajoutait, du moins, à la vie la ferveur…mais humble frère – ta maigre main déjà esquissait l’idéal qui donne la lumière… ».

Pier Paolo dit alors combien les temps on changé « Est il de mai, cet air impur qui rend ce noir jardin étranger plus noir encore…C’est une paix mortelle, et résignée, tout comme nos destins, que verse en ces vieux murs ce mois de mai d’automne. Il porte en lui la grisaille du monde… ».

Puis vient ce passage magnifique, on pense à Aragon, Eluard, Garcia LLorca, Genet, Ferré…
« Un chiffon rouge, comme celui
noué au cou des partisans
et, près de l’urne, sur le sol cendré,
deux géraniums, d’un rouge différent.
te voici donc, banni, en ta grâce sévère,
non catholique, enregistré parmi ces morts
étrangers : Les cendres de Gramsci…Pris entre espérance
et ma vieille défiance, je m’approche, venu
par hasard en cette maigre serre, face à
ta tombe, et ton esprit qui est resté
ici bas parmi les gens libres… »

Le poème se termine par la description de ce quartier du Testaccio où des garçons jouent et s’amusent, insouciants et inconscient, hors de l’Histoire « Mais moi, avec ce cœur conscient / de celui qui ne peut vivre que dans l’histoire / pourrais je désormais œuvrer de passion pure / puisque je sais que notre histoire est finie ».

Le texte choisi est celui publié dans « Poésie 1943-1970 », traduction de René de Ceccaty, Nathalie Castagné, José Guidi et Jean-Charles Vegliante. Edition Gallimard NRF.

Quentin.

Photographie de Pasolini sélectionnée  par Pierre Layac.

 

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