L’évangile selon Saint-Mathieu, pour Mathieu Demy le fils de Jacques Demy et Agnès Varda, l’évangile c’est le road movie tourmenté sensible et mélodramatique, il a toute l’ultrasensiblité et la délicate mélancolie de son père mais dopée d’un peu de mescal Cassavettessien

Quel beau film que son « Americano » de 2011 avec la géniale, subtile, torride Salma Hayek ; son film est le règne du Mentir-Vrai mais toutes les familles, la définition même de la famille n’est-elle pas le Mentir-Vrai, cher à Louis Aragon qui ignorait que celle qui se faisait passer pour sa sœur était sa vraie mère… troubles et secrets des familles, de toutes les familles et quand un secret de famille vous pète à la gueule le danger rôde, mord et brûle et ça fait des écorchés vifs qui deviennent parfois des artistes.

Dans « Americano » Mathieu Demy, joué par lui même, part en quête de sa mère qui vit aux États-Unis près du Mexique… il ne l’a plus vue depuis son enfance… il s’avèrera que tout ce qu’il croyait penser, savoir de sa mère est faux… elle ne l’a pas abandonné c’est lui qui est parti mais les mémoires des adolescents s’entendent à transformer l’or en boue ou la boue en or… film autobiographique camouflé – le héros du film est aussi une ford mustang Shelby culte… on roule beaucoup on se perd beaucoup… la voiture de sa mère… il cherche la meilleure amie de sa mère, une jeune pute junkie mexicaine car sa mère lui a légué sa maison… alors vient la déesse camée jouée avec une intensité magique par la merveilleuse Salma Hayek… mais je ne vais pas raconter le film on y rit, on y pleure et c’est l’histoire chamboulée des plus sensibles d’entre nous – les salauds n’ont pas d’état d’âme – on ne sait jamais à quel point on a blessé quelqu’un ni qui on est vraiment – il n’y a que les imbéciles qui s’autodéfinissent…

Mathieu Demy a hérité de son père le génie des couleurs et de sa mère les hauts sentiments burlesques qui sont les sentiments sincères car le vrai tragique embrasse toujours à pleine bouche la bouffonnerie ; les clés de ce film vous les trouverez dans Jacquot de Nantes et Les plages d’Agnès… la poésie peut être le sourire blessé d’une immense souffrance… dans la vie c’etait Jacques l’absent et ce brouillage à fleur de peau et de nerfs, ce tatouage sensible qu’est un film, quand on vous le transmet et que vous sortez bellement tatoué du film, c’est qu’un génie est passé par là. Chez les Demy on n’efface jamais les tatouages.

MICHEL COSTAGUTTO