Aimer Demy, voir et revoir ses films, prendre place dans son univers, ses couleurs… Se sentir chez soi, en famille, comme avec certains amis.

Tout est question d’intuition, d’affinités… Tout fait résonance avec l’intime, comme si nous nous étions toujours connus !

Chez Demy, on se connaît, on se re-connaît comme on reconnaît les siens.

L’amour s’associe au temps, l’amour est une question de temps, de « timing » ! L’amour existe, sans aucun doute possible.

Une seule interrogation demeure : quand aura lieu LA rencontre ? Quand s’aligneront les planètes pour que l’amour (re-)trouve son chemin ?

La magie Demy réside dans ces amours qui se mêlent, s’emmêlent et s’entremêlent, au cœur (il s’agit bien de cœur, d’un grand cœur…) de cet immense puzzle qu’il construit et déconstruit au rythme de ces amours qui se cherchent, se trouvent et s’abandonnent…

Demy nous prend par la main et nous invite, tel un guide, à partager la vie de ses personnages qui se croisent et se quittent pour se retrouver quelques films plus tard ou disparaître à jamais.

Dès son premier film, Lola (1960), il tisse sa toile : l’amour, l’attente, l’espoir du retour, la déception amoureuse et la mélancolie ! Il met en scène une magnifique Anouk Aimée qui attend le retour de Michel, son grand amour et père de son enfant. Lola a raison d’attendre. Michel reviendra pour l’emmener loin de Nantes, à Los Angeles… pour mieux la quitter dans Model Shop (1968) pour une autre… la blonde Jackie, Jeanne Moreau, joueuse et femme troublante de La Baie des Anges (1962).

La mélancolie chevillée à l’âme, Lola continue sa route, dans cette ville trop grande pour elle jusqu’à disparaître de l’écran. Cette Lola qui, dans le film du même nom, bouleverse Roland Cassard. Prétendant éconduit par une Lola en guêpière, Roland trouve cependant l’amour en Geneviève dans Les Parapluies de Cherbourg (1963). Un amour arrangé par une mère éplorée, un amour non partagé par une Catherine Deneuve déchirée par la perte de Guy, son amant parti pour la guerre d’Algérie.

 

 

De cette quintessence amoureuse, de rencontres en rendez-vous manqués, d’amour heureux en désamour, naîtront Les Demoiselles de Rochefort (1966).

Les amants s’aiment, se mentent puis se quittent. Les amants s’attendent, se cherchent et se retrouvent. Solange et Delphine, sœurs jumelles sans père, nées sous le signe des Gémeaux, sont en perpétuelle quête de l’idéal masculin. Solange, la musicienne, retrouve l’amour car elle sait qu’il existe en Gene Kelly, musicien et poète.

Dans Les Demoiselles, Demy met en scène des personnages clés, des enchanteurs, comme Simon Dame (superbe Michel Piccoli). Père qui s’ignore de Boubou – le petit frère des jumelles – monsieur Dame incarne à la fois l’entremetteur : chez lui, Solange trouve l’amour. Serait-il également le père idéal ? idéalisé ? Solange est une des deux filles de son amour perdu, madame Yvonne-Danielle Darrieux qui vendit toute sa vie des frites parce qu’elle refusait le nom de Madame Dame !

 

 

Seuls Delphine et Maxence (Catherine Deneuve et Jacques Perrin) ne sont pas encore dans le temps de l’amour. Delphine refuse à Lancien, galeriste d’art moderne, cet amour pour le prix d’un vison… Lancien, comme son nom l’induit, est « hors de son temps ». Delphine l’a exclu sur l’air du « temps est mon ami, pour moi, c’est de l’amour ». Elle attend de reconnaître Maxence, artiste peintre, qui fait son service militaire dans la Marine.

Si le service militaire sépare les amants et détruit leur amour dans Les Parapluies de Cherbourg (1963), Delphine (encore Catherine Deneuve…) et Maxence ne se sont pas encore trouvés. Lui doit partir en perm’ à Nantes avant de rejoindre Paris pour chercher son amour. Cette rencontre aura-t-elle lieu dans ce Paris si petit pour ceux qui s’aiment ?

 

 

La fin des Demoiselles de Rochefort laisse planer ce doute même si, pour Demy, les amants se rencontrent TOUJOURS parce qu’ils s’aiment DÉJÀ !

Il nous plaît à croire que si Deneuve et Perrin ne se rencontrent pas à la fin des Demoiselles, leur amour vaincra dans Peau d’âne (1970), car Peau d’âne et le Prince s’attendent depuis toujours ! Ni l’apparence ni les parents ne feront obstacle à ce conte de fée charmant…