par Marie-Hélène Fabre et Anne-Sophie Pillet

Cinq architectes, cinq femmes remarquables à (re)découvrir…

Lina Bo Bardi

Grâce à Lina bo Bardi l’architecture brésilienne n’est pas uniquement associée à Oscar Niemeyer mais aussi à cette italienne architecte, scénographe, designer, artiste etc. En effet, née Lina Achillina Bo en 1914 en Italie, celle-ci étudiera à l’école d’architecture de Rome puis une fois diplômée s’envolera vers Milan, où elle collaborera un temps avec Gio Ponti. La Seconde Guerre Mondiale éclate, le bureau qu’elle tenait avec Bruno Zevi est voué à la destruction, elle fonde la revue A cultura della vita. Son activisme au sein du parti communiste italien lui permet de rencontrer Pietro Maria Bardi, critique et historien d’Art. En 1946, à 32 ans, ensemble ils voyagent vers le Brésil, pour s’y établir de manière permanente. Rio de Janeiro sera la première ville d’accueil de Lina et le Brésil son pays d’élection. Lina fait face au Modernisme brésilien (choc esthétique) et prend de plein fouet la vitalité créative brésilienne aux antipodes de l’austérité européenne alors, on imagine, au sortir de la guerre. Le point culminant sera atteint à Sao Paulo où ils s’établiront après Rio. Lina ne construit que 15 bâtiments, chantre de la simplicité préférant une extrême qualité. En 1951, sa maison la Glass house vit le jour. L’année où elle devient citoyenne brésilienne. Devenu emblème de Sao Paulo, elle réalisera le Museum of Art Sao Paulo, MASP en 1957, bâtiment brutaliste , un rectangle 70m de côté qui est suspendu… « Elle défendait l’idée que chaque pays doit construire son identité en se fondant sur ses propres racines. Elle a exploré le Brésil dans le but d’assimiler et de comprendre sa culture« , déclarait Noemi Blager, l’architecte commissaire d’une exposition que lui consacrait le Pavillon de l’Arsenal à Paris en 2013.

 

Site web dédié à Lina Bo Bardi

 

Denise Scott Brown

Denise Scott Brown, née en Afrique (Zambie) en 1931 obtient en 1960 un Master d’urbanisme et en 1965 un Master d’architecture, à l’Université de Pennsylvanie où elle rencontre son futur mari Robert Venturi. Elle intègre très vite l’agence fondée par celui-ci et John Rausch ; lorsqu’il part en 1989, l’agence devient Venturi Scott Brown and Associates. Ensemble ils construiront, dialogueront, débattront, théoriseront comme l’essai fondateur du Postmodernisme Learning from Las Vegas parut en 1972. Le cas Pritzker : Robert Venturi obtient, seul, le Pritzker price (« Nobel d’architecture ») en 1991, bien que Denise Scott Brown fût sa partenaire depuis 22 ans à l’agence et associée (seulement) depuis deux ans. Son mari, lors de la remise du Pritzker qui se tenait à Mexico, concluait son discours de remerciement par ces mots : « Et, enfin, vous aurez noté que, durant cette description vaguement chronologique, j’ai de plus en plus utilisé la première personne du pluriel, « nous » : c’est à dire, Denise et moi. Mon expérience et mon apprentissage doivent beaucoup à ma partenaire artiste, Denise Scott Brown. Sans elle, je ne serai que la moitié de ce que je suis aujourd’hui« . Une pétition tente de s’organiser en 2013 soutenue par Women in Design, un groupe étudiant de l’Université de Harvard Graduate School of Design, pour reconnaître le travail de Denise Scott Brown au même titre que son mari, donc la reconnaissance du Priztker pour les deux de manière égale. En vain, la requête sera rejetée. Cependant Denise Scott Brown obtiendra le Jane Drew Prize en février 2017.

Site Web de Venturi Scott Brown Architects
Conférence de Denise Scott Brown à Harvard (2013)
Interview de Denise Scott Brown et Robert Venturi (1984)

 

Itsuko Hasegawa

Itsuko Hasegawa est une des rares, voire la seule femme architecte au Japon à diriger sa propre agence. Après 15 années passés à travailler aux côtés de grands architectes japonais dont Kazuo Shinhoara, elle construit en son nom à partir de 1979 et se distingue dès 1986 avec le Shonandaï Cultural Centre à Fujisawa, dont elle gagne le concours. Son parcours jusqu’à aujourd’hui est ponctué de bâtiments remarquables comme le Nagoya Design Expo (1989), le Sumida Culture Factory (1994) ou musée du fruit Yamanashi (1995), dont la maquette et les planches graphiques font partie de la collection du Frac Centre Les Turbulences, à Orléans. Son dernier bâtiment en date est l’immeuble de bureau CAOHEJING BLOCK3 à Shanghai (2014) d’une superficie totale de 175 727 m2. Quelques année auparavant, elle gagne le concours pour l’ensemble de logements et commerce Pont d’Issy, en région parisienne. Son architecture est à la fois simple et travaillée et l’on ne peut en définir véritablement un style précis. Elle n’a pas de matériaux de prédilection et joue autant avec le métal et le verre qu’avec le béton ou le bois. De même, ses projets vont de la maison individuelle aux grands équipements culturels, en passant par des immeubles de bureaux ou des ensembles résidentiels. Lauréate de nombreux prix, elle est membre honorifique du RIBA et de l’AIA, institutions représentatives des architectes, respectivement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Bien moins connue des jeunes générations que sa compatriote de 40 ans sa cadette, Kazuyo Sejima, co-directrice de l’agence SANAA avec son associé Ryue Nishizawa, Itsuko Hasegawa est unique en son genre, en tant qu’architecte, femme, japonaise.

Site web de Itsuko Hasegawa Atelier
Article dans Libération (1997)
Conférence à la AA School of Architecture de Londres (2013)

 

Zaha Hadid

Zaha Hadid, née en Iraq, a d’abord étudié les mathématiques avant de suivre dans les années 1970 des études d’architecture à la prestigieuse AA School of Architecture de Londres (Royaume-Uni). Elle fonde son agence d’architecture en 1979 et construit son premier bâtiment, une caserne de pompier pour la Fondation Vitra en Allemagne, en 1993. Cet édifice marque le début d’une carrière exponentielle où l’architecte développe une œuvre expérimentale quasi expressionniste s’appuyant dans un premier temps sur la mouvance de la théorie déconstructiviste des années 1980-1990, puis mettant en place une tendance à part entière liée à une conception paramétrique de l’architecture où l’on retrouve ses premières amours pour les mathématiques. Elle s’est distinguée notamment par le bâtiment central de l’usine BMW à Leipzig (2005), le Musée du 21e siècle MAXXI à Rome (2009) et le Centre aquatique de Londres construit pour les Jeux Olympiques de 2012. Le siège pour l’autorité portuaire d’Anvers inauguré en septembre 2016, 6 mois après son décès, est un des derniers bâtiments qu’elle a dessinés. Zaha Hadid a été la première femme architecte à recevoir en 2004 le Pritzker Architecture Prize, grand prix d’architecture de renommée mondiale. Elle a également été nommée par la France Commandeur de l’Ordre des Arts et Lettres et a reçu en février 2016 la Royal Gold Medal en architecture (Royaume-Uni).

Site web de Zaha Hadid Architects
Sept projets phares – Portfolio Le Monde
Article du Guardian (2016)

 

Liz Diller

© Aberlardo Morell

Liz Diller est la co-fondatrice de l’agence d’architecture new-yorkaise Diller & Scofidio + Renfro. Née en Pologne au milieu des années 1950, elle émigre aux Etats-Unis avec sa famille, rescapée de la Shoah pendant son jeune âge. Elle monte son agence d’architecture avec Ricardo Scofidio, son mari et associé, dès sa sortie de la prestigieuse école de New York Cooper Union, où elle a étudié l’architecture. Ensemble, ils développent des projets artistiques et d’architecture à partir de 1979. Le duo se fait remarquer notamment en 1993 avec leur projet Bad Press: Dissident ironing, une exploration des contraintes du corps physique et social à travers la mise en forme de chemises blanches repassées en dehors de toutes conventions pour devenir des objets plastiques. En 2002, ils se distinguent par leur Blur Building, plateforme enveloppée d’un nuage d’eau, mise en œuvre pour l’Expo 02 – événement architectural et culturel suisse – que les architectes définissent comme étant une architecture atmosphérique. Le projet de High Line à New York, promenade urbaine aménagée sur une voie ferroviaire désaffectée parcourant le Lower East Side sur 2,5 km, marquera leur reconnaissance internationale et auprès du grand public en 2011. Time Magazine désignera d’ailleurs à cette occasion Liz Diller comme une des 100 personnes de l’année les plus influentes. Plus récemment, l’agence a livré The Broad, musée privé d’art contemporain à Los Angeles, et a présentée en 2016 au Palais de Tokyo sous une forme enrichie l’installation Exit, conçue initialement pour l’exposition de 2008 Native Land, Stop Eject à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Plusieurs projets sont en cours à New York, Berkeley, Moscou ou encore Rio de Janeiro. Figure de l’agence, qui s’est enrichie d’un 3e associé Richard Renfro en 2004, Liz Diller enseigne actuellement à l’école d’architecture de l’Université Princeton. Elle a reçu de nombreux prix dont le Smithsonian Institution’s National Design Award, le Lifetime Achievement Award de la National Academy of Design et le Brunner Prize de l’American Academy of the Arts and Letters.

Site web de Diller & Scofidio + Renfro
Interview dans Designboom
Chaine Vimeo de Diller & Scofidio+ Renfro