Par Marie-Hélène Fabre et Anne-Sophie Pillet

Qui sont les femmes architectes ? Depuis quand exercent-elles ? Combien gagnent-elles ? Dans quelles conditions ?

Ce deuxième opus donne un aperçu tout en chiffres et données, présente une radiographie générale non exhaustive.

En préambule, rappelons qu’en France, comme en Europe, mais aussi aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie, les études d’architecture se féminisent à grand pas. L’ensemble des écoles d’architecture en France compte actuellement 19000 inscrits, dont 10830 étudiantes, soit 57% de filles d’après une étude du Ministère de la culture et de la communication. Cependant, la représentation féminine de la profession n’est pas encore à ce niveau dans la mesure où cette féminisation est relativement récente. L’évolution des inscriptions des femmes architectes à l’Ordre des architectes témoignent toutefois de cette tendance à la hausse, puisque la part des jeunes femmes de moins de 34 ans est plus importante que la part de la gent féminine dans son ensemble.

Des femmes architectes depuis presque 140 ans

Ceci étant dit, les premières femmes architectes ont été diplômées dès la fin du XIXe siècle. Mary L. Page et Singne Hornborg sont les pionnières respectivement aux Etats-Unis en 1878 et en Finlande en 1890. Louise Blanchard Béthune, quant à elle est la première femme à ouvrir son cabinet d’architecte, aux Etats-Unis en 1881. Les études d’architecture et la profession se sont ouvertes aux femmes partout dans le monde au fil des années, à des rythmes différents selon les régions du monde, le poids des conventions sociales, mais aussi les situations politiques. Ainsi, la première femme architecte tchadienne a été diplômée de l’Université libre de Bruxelles Victor Horta en 2006 et s’est installée dans son pays six ans plus tard.

Où sont les femmes ?

La part des femmes architectes varie selon les pays. Si l’Europe en compte 38% en moyenne, ce qui est à peu près le ratio en France, certains pays comme l’Autriche sont loin de la parité avec seulement 20% d’architectes femmes, tandis que la Bulgarie, la Croatie, la Finlande et la Slovénie ont des répartitions inverses. Hors Europe, les chiffres sont contrastés également, le Brésil et le Japon se situant à chaque extrémité de l’échelle avec respectivement un rapport de 1 à 0,65 et un rapport de 1 à 9.

En France, les zones Nord-Est sont moins féminisées (moins de 25%) ; les Sud-Ouest et la Corse sont en revanche les plus féminisées (plus de 30%).

Femme architecte, à quel prix ?

L’écart de salaire est pour le moins important selon le sexe. En Europe, un architecte gagne en moyenne 37000 euros par an, tandis qu’une architecte en gagne 25000. En France, les revenus moyens sont de 47500 euros par an et de 27000 euros par an selon qu’on soit un architecte masculin ou féminin. Ces écarts sont toutefois à relativiser car, pour les données de l’Hexagone du moins, ils englobent le travail à temps plein et à temps partiel. Or, dans la mesure où une plus forte proportion de femmes exerce à temps partiel, cela a un impact sur les revenus. De même, la féminisation de la profession d’architecte étant récente, il y a moins de femmes à des postes de responsabilités avec, par conséquent, des rémunérations élevées. Ceci étant dit, des progrès restent à faire non seulement en matière de revenus, mais aussi d’accès aux fonctions dirigeantes ou à responsabilité.

En France, seulement 1 quart des architectes associés sont des femmes. Sachant que ce statut représente un peu plus de 40% de la profession, cela ramène la part des femmes associées sur l’ensemble des architectes à 10% seulement. Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, à peine 20% des architectes associés sont féminins.

Et après ?

La situation des femmes architectes a progressé dans tous les domaines depuis 120 ans, comme nous venons de le voir, de l’accès aux études aux conditions d’exercices. Des inégalités demeurent toutefois en termes de représentativité et de reconnaissance professionnelle et salariale, de même que d’un pays à l’autre. Il est donc difficile de dresser un constat univoque. On peut cependant noter que dans certains pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie, les difficultés rencontrées par les femmes en architecture s’apparentent aux difficultés que l’on peut identifier pour des « minorités ». Tandis que la proportion de femmes dans le monde varie globalement entre 48 et 52 %, à quelques exceptions près, difficile donc d’accepter que la position des femmes en architecture soit encore minoritaire. Cela indique qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. La féminisation des études d’architecture observée à l’échelle mondiale va certainement contribuer à infléchir les inégalités. Cette tendance, pour être pérenne, doit toutefois s’accompagner d’un meilleur accès des femmes aux responsabilités et titres, non seulement dans la maîtrise d’œuvre, mais aussi dans la maîtrise d’ouvrage et dans d’autres domaines décisionnels. On comprend ainsi que le débat dépasse largement le champ de l’architecture. 
Mais, comme le disent les anglais, at the end of the day, qu’attend-on d’un architecte, qu’il soit homme ou femme ? Qu’il fasse de la « bonne architecture ». C’est là une toute autre question qui s’ouvre…

 

Sources principales
Conseil National de l’Ordre des Architectes
Conseil des Architectes de l’Europe
The American Institute of Architects
The Architecture Registration Board
International Archive of Women in Architecture

 

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Photo de une : UrbDeZine