L’art nous sauvera. Nous avons été nombreux à le penser jeudi soir dernier au théâtre du Rond Point et à sourire de l’avoir ressenti au même instant alors que l’équipe de Mourad Merzouki continuaient les saltos énergiques devant nos regards émerveillés lors du salut, dans un enthousiasme aussi contagieux qu’électrique. Boxe Boxe est un spectacle qui se vit collectivement, on rit ensemble, on crie d’émerveillement ensemble et l’on est touché simultanément également. 

Il y a des spectacles comme ça que l’on ressent comme des oeuvres parfaites, où à la fin personne n’a rien à ajouter, car il n’y a pas de critiques possibles. Il y a seulement à ressentir, à essayer de garder les images, les émotions que l’on a attrapé au vol et tenter de les garder le plus longtemps possible alors que l’on quitte la salle, que les lumière se rallument et que l’on replonge étourdi dans nos vies.

Avec une esthétique inspirée des années 20, les danseurs de la Compagnie Käfig ressemblent plus à Georges Carpentier qu’à Rocky Balboa ; Boxe Boxe est un croisement d’époques, on y retrouve les années 20 dans les costumes, la période Arts Déco dans le fer forgé des décors, le 18ème siècle avec les mélodies de Schubert interprétées par le quatuor Debussy et son ensemble à cordes, l’ambiance de foire du début du 20ème siècle et le monde d’aujourd’hui dans les mouvements hip-hop réalisés par les danseurs. Etonnamment, le résultat de ce croisement d’époques sonne au final terriblement moderne.

La danse et la boxe se mêlent dans les pas l’une de l’autre jusqu’à ne devenir qu’un et petit à petit la danse dans son agilité délicate envenime le mouvement acide et direct de la boxe et c’est ainsi que se rencontre l’émotion dans la force et la virilité mêlée à la douceur. Merzouki jongle habilement entre humour avec l’hilarant arbitre Culbuto, frénésie avec les figures aussi spectaculaires que musclées, poésie et douleur. C’est dans ce mélange subtil d’émotions que se produit l’uppercut sur le public.

D’une poésie folle, presque hystérique, le spectacle atteint son état de grâce lorsque le chorégraphe entre sur scène. Son regard intense et sombre, presque magnétique, ensorcelle ses danseurs et capte alors toute l’assemblée. Les corps explosent sur scène tandis que le public implose sur les strapontins.

Merzouki repousse les limites même lorsque le spectacle se termine puisqu’il il joue les prolongations avec ses danseurs ainsi qu’avec les musiciens. Tous reviennent chacun leur tour, ce qui permet alors au public d’exploser librement et d’oser crier, hurler, applaudir autour du ring. C’est précisément à cet instant, lors des rappels que l’ambiance change littéralement et que l’on passe alors d’un public de danse à un public de boxe. Et c’est Mourad Merzouki qui sort triomphant  de ce match haletant.


Boxe Boxe - direction artistique et chorégraphie : Mourad Merzouki
Du 23 MAI - 18 JUIN 2017
THEATRE DU ROND POINT - SALLE : RENAUD-BARRAULT
HORAIRES : DU MARDI AU SAMEDI, 20H30 - DIMANCHE, 15H - 
DURÉE : 1H05