Je te supplie de ne pas vouloir mourir

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Je te supplie de ne pas vouloir mourir
Pascal Antoine 16 décembre 2016

Il est difficile de dire, dans le langage d’un fils à sa mère,

ce qui, en mon for intérieur, ne me ressemble guère.

Tu es la seule au monde à savoir ce qu’il en a toujours
été de mon coeur, avant tout autre amour.

C’est pourquoi je dois te dire ce qu’il est horrible de connaître :
c’est dans ta grâce que je vois mon angoisse naître.

Tu es irremplaçable. C’est pourquoi est condamnée
à la solitude la vie que tu m’as donnée.

Et je ne veux pas être seul. J’ai une faim démesurée
d’amour, d’amour de corps sans âme demeurés.

Car l’âme est en toi, c’est toi, tu es simplement
ma mère et ton amour est mon asservissement :

j’ai passé asservi à cette sensation toute mon enfance
sensation élevée, irrémédiable, d’un engagement immense.

C’était le seul moyen de ressentir la vie,
sa nuance absolue, sa forme absolue : voilà, elle est finie.

Nous survivons et c’est la confusion
d’une vie renée hors de la raison.

Je te supplie, ah, je te supplie, de ne pas vouloir mourir.
Je suis ici, seul, avec toi, en un avril à venir…

Supplique à ma mère – Pier Paolo Pasolini

Extrait de Poesia in forma di rosa, Garzanti, Milano 1964

Traduit de l’italien par René de Ceccaty, Payot & Rivages, 2015

La version italienne lu par Pasolini lui-même, ici

 

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