Il est là, noble, rose, trônant au-dessus d’une porte d’immeuble bleue. Un beau sein moulé, soigneusement peint et décoré, fixé tout aussi attentivement dans l’axe de la porte d’entrée. Ce signe mystérieux – décoration, indice libertin, revendication ? – frappe par sa poésie et intrigue. Or, comme par magie, il vous délivre d’une cécité insoupçonnée. Soudain, au gré de vos promenades le nez en l’air et l’œil alerte, vous en découvrez un deuxième, puis un troisième et bientôt plusieurs autres. Mais pas partout, pas n’importe où. Les rues semblent choisies, de même que les lieux. Chaque sein a une identité, comme une histoire : bleu, rose, bronze, à fleur, à paillette, à rayures… Vous vous surprenez alors à chercher ces seins désespérément, tels les symboles d’une liberté et d’une audace perdues. Cette incarnation vous plaît. En silence, par ce geste anodin, elle crie notre humanité, redonne chair à la ville qui est loin de n’être que pierre et rappelle la poésie des formes du corps, simplement, sans vulgarité aucune.

A l’heure où les nouveaux Tartuffe s’offusquent du moindre érotisme tout en contrôlant nos vies privées dans une outrance pornographique, ces seins en liberté apparaissent comme le souffle d’une lutte silencieuse contre les Zuckerberg, Fox News et autres puritains.

« Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées.
Et cela fait venir de coupables pensées.
 »
Molière. Tartuffe, III, 2 (v. 860-862).

Quelles belles pensées bien au contraire… Merci Intra Larue !

Photographies © Farid Bernat Ortells

Sculptures urbaines © Intra Larue

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