Un auteur en lumière ou un thème,
une image pour réfléchir…

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François Carcopino-Tusoli, nait le 3 juillet 1886 à Nouméa. Chaque jour de cette enfance expatriée il verra passer sous les fenêtres de chez ses parents les bagnards enchaînés en partance pour l’île de Nou. Son père est un fonctionnaire, violent avec ses enfants. François parle peu et se réfugie dans le monde secret de la poésie. Enfin il « monte » à Paris en 1910, fréquente Montmartre, les cabarets et les artistes, la rue des mauvaises et pauvres vies. Il apprend l’argot qu’il parlera couramment et découvre la vie de bohème, les bordels, les gigolos, les montantes, les apaches qui le marqueront pour la vie  » trottins et gigolettes, calicots valseurs, barbillons, rapins et curieux ».

Il écrit des goualantes, les chante au « Lapin Agile » et devient l’ami de Mac Orlan, Roland Dorgelès, Apollinaire, Max Jacob, Utrillo, Modigliani…Puis inquiet de se perdre dans ce « Montmartre des plaisirs et du crime » il part à Nice pour trouver le refuge, le réconfort paisible, le gîte et le couvert chez sa grand mère. C’est Carco qui a écrit « le doux caboulot », ou « l’orgue des amoureux  » chanté par Piaf, « la chanson tendre » interprétée par Fréhel. C’est au cours de ce séjour chez sa grand mère « qui donne la croûte et fournit un ameublement soigné », en 1914, qu’il écrit « Jésus la Caille« .

Il publiera plus d’une centaine d’œuvres, romans, recueil de poésies, pièces de théâtre, chroniques, reportages. Carco est l’auteur qui a réalisé les plus forts tirages de l’entre deux guerres. Sa vie est un roman à la Blaise Cendrars. Il mourra la 26 mai 1958 des suites de la maladie de Parkinson. J’aurais aimé vous en dire encore sur son « amour voué au désastre » avec Katherine Mansfield, son coup de foudre pour la femme du Prince du coton égyptien qui quittera tout pour lui, son frère Jean Marèze écrivain de romans de gare et journaliste qui se suicidera en 42, et aussi son amitié avec Colette

« Jésus la Caille », est un roman rare écrit sur un amour homosexuel, celui d’un gigolo et de Bambou, un jeune acrobate, son amoureux. Le livre à des parfums de « l’Opéra de quatre sous » : Fernande est maquée par le Corse, mais le Corse est en taule vendu par un indic, Bambou aussi. La Caille et Fernande sont seuls tous les deux. Jésus la Caille :  » avait l’œil gracieux et long cillé, les lèvres peintes… Jésus la Caille se campait indolemment devant elle…il portait la casquette molle des gigolos. Ses cheveux joliment ébouriffés sur le front étaient blonds, ses joues fermes et pâles, et sa peau si blanche… ».

Fernande est vite amoureuse de la Caille, elle se demande : « ce qui pouvaient être les sentiments de Jésus la Caille pour une femme. Elle ne savait pas s’il détestait les femmes ou non. Son vice, qu’il affichait, la jetait dans un embarras extrême, et la séduisait…il était trop femme pour une femme et cette certitude attendrissait Fernande ». Pépé la Vache, lui, est amoureux de Fernande, c’est lui l’indic. Fernande le découvre et « Pépé la Vache éprouvait un plaisir fait de honte qui, pour la première fois, lui était plus doux que l’amour « .

Avec tout cela que va t il se passer ? Lisez ce beau livre d’un poète chanté par Aragon :  » Dis qu’a tu fais des jours enfuis / de ta jeunesse et de toi même / de tes mains pleines de poèmes / qui tremblaient au bout de la nuit… Carco qui ne su que chanter « .

Texte : Quentin
Illustration : Pierre Layac