Stendhal un jour de grande chaleur à Florence s’est évanoui au Musée; trop d’émotion; trop de beauté dirait il; les psychiatres en feraient le Syndrome de Stendhal; beaucoup de monde s’évanouit dans les musées…

Moi c’est un arrêt de mort que j’ai ressenti ce jour visitant l’exposition de l’œuvre infinie d’Andy Warhol au Musée d’Art Moderne ; c’était tant, c’était trop ; toute cette beauté m’a angoissé, je suis allé me réfugier dans les toilettes hagard ; c’est une expérience limite que j’ai vécue… il existe un petit livre de Maurice Blanchot qui parle de cet état … on ne sait pas ; le cœur bat pourtant tout s’arrête et le néant et la mort irradient en nous… expérience terrible et mystique ce 29 octobre 2015, je suis passé de l’autre côté… le masque de la mort est rouge et j’ai dansé dessus.

Pour revenir à la vie, j’ai questionné tous les gardiens de l’expo, leurs mots m’ont remis du rose aux joues et j’ai réussi à reprendre vie, peu à peu, difficilement, à reprendre vie et pied sur le sol des vaches ; justement dans la salle du papier peint vaches, la gardienne m’a déclaré que toutes ces journées passées en compagnie des ruminants jaunes et roses lui avaient permis de comprendre l’Essence même de la vache ; j’ai vraiment compris l’Essence même des vaches, ce sont ses mots exacts ! (ne vous privez pas de lire « vaches » l’extraordinaire et fulgurant petit traité philosophique de Frédéric Boyer, POL éditeur).

Un autre gardien m’a déclaré qu’il était bien en sortant du musée, qu’il se sentait vraiment bien que toutes ces couleurs étaient une explosante de vie (je pense à l’explosante/fixe d’André Breton) ; on a voulu montrer trop de choses me confie une autre gardienne et les ballons d’alu gonflés à l’hélium m’angoissent, leurs voyages dus aux ventilateurs le bruit incessant qu’ils font angoisse… oui je comprends ce qu’elle veut dire ; j’ai pensé aux sphères de la cultissime série « le prisonnier »… un autre gardien est plus sobre : on apprend à apprécier mais entre midi et deux il y a trop de monde c’est oppressant… dans la salle de l’Oeuvre Infinie la gardienne dit que c’est comme un film qui se déroule elle ressent une grande joie les gens parlent rient les enfants aiment parfois ils dansent c’est joyeux…

J’ai arpenté plusieurs fois l’Oeuvre Infinie j’avais l’impression que la vie vibrante de Warhol m’éclaboussait la gueule… le film de sa vie qui se déroule… expérience limite… croyez vous aux fantômes ? Moi oui. J’ai refait l’expo à l’envers et je suis tombé sur le visage sublime d’ange foudroyé d’Edie Sedgwick sur qui j’écris un roman, elle m’attendait, j’ai caressé ses lèvres sur l’écran, les gens m’ont regardé bizarrement… une sorte de mort clinique puis l’épiphanie et la résurrection ; Warhol n’est pas mort. La bande son est du Velvet Underground. Yeah !

Wahrol Unlimited // jusqu’au 16 janvier 2016 au Musée d’Art Moderne

PS : contrairement aux âneries rebattues la touche surpuissante du peintre Warhol emballe et embrase ou embrasse nombre de toiles, une touche volcanique…

A lire : Ingrid Caven de J.J. Schuhl, la rencontre alien entre Warhol et Fassbinder ; on peut se passer aisément de tout le reste ; pour voir Warhol il faut regarder Basquiat.