Un texte de nuit…

le silence n’est pas l’absence de bruit…le ventilateur roucoule dans l’été infini…je me prends pour Robert Mitchum dans Adieu ma jolie ; j’ai oublié l’heure dans ma tanière de vampire ; je pense aux voix… aux voix des films de Xavier Dolan… les voix des familles les rires d’enfant dans le jardin quand il y a un jardin les plouf dans les piscines le vent chaud dans les arbres …

on dit que quand il y a le sirocco les crimes passionnels augmentent… je revois Julien Doré marchant dans les bois, son piano sur la terrasse d’un chalet (j’allais écrire palais…) et sur le piano traîne les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes… Roland Barthes le plus grand penseur du siècle 20 a été assassiné par une camionnette de blanchisserie… blanchi de toutes ses fautes… les familles… le journal de deuil de Roland Barthes après la mort de sa mère…

quelques mots, on est passé des fragments aux bribes ; presque le silence et on entend un piano, quelque part… les familles les frères les sœurs tout le mal qu’on se fait, l’amour rugueux des familles… les trous dans la conversation déjà le soir le moment de partir… au fond il est toujours le moment de partir… va savoir si on va se retrouver… quelques ampoules, une place d’Italie, le vin pourpre et les pensées pour les amis qui ne vous ont jamais trahi…la moitié des doigts d’une main suffirait ;

et Dolan qui pleure à Cannes qui parlent vraiment à des statues de cire en tenue de bal c’est toujours vulgaire une tenue de bal… les pipoles comme on dit cagoles, le gratin , avec des femmes de 65 ans qui en font 17 bon ça tire un peu derrière les oreilles et peut-être le liftingue va se barrer comme dans le film Brazil et comme dans le film il y a à mes pieds des fils électriques qui serpentent en tas… une souris fait sa tournette… je me revois lisant les fragments du discours amoureux assis par terre dans un couloir d’ENS ça charmait Liliane une somptueuse rousse aux yeux verts, très intelligente, intelligente mais froide, tout le monde voulait la sauter mais pas moi au fond je n’ai toujours aimé que les femmes impossibles les passionnées à la mirada fuerte… en ce temps-là je ne m’habillais qu’en blanc, une tignasse noire de gitan… les familles des fois ça gueule et on ne sait pas se dire combien on s’aime et c’est déjà trop tard tout le monde est mort ou en voyage ou absent… Xavier Dolan c’est beau un homme qui pleure, pas qui pleurniche, qui pleure des larmes de sang et d’épines… on est toujours si fragiles, l’homme et la femme qui sont en nous…

et Pierre Guyotat va publier de merveilleux entretiens chez Gallimard: »ce sont les gens faibles dont vous vous sentez le plus proche à ce moment-là : les enfants, les clochards, les vieux, les vagabonds. Vous vous sentez, non pas supérieurs, mais très proches d’eux. Les enfants: parce qu’il y a tout de même quelque chose d’enfantin dans l’activité artistique, dans cette façon de croire dans les mots, les couleurs »; la merveilleuse langue française de Guyotat pour trois sous, moins cher qu’un jeu vidéo ; et puis je me suis toujours méfié des gens qui n’aiment pas les enfants.

 

Michel COSTAGUTTO