C’est toujours un peu la même chose avec ce vieux bougre de Richard Ashcroft. On jette une oreille distraite à ses albums successifs sans jamais en attendre quoi que ce soit, et on se laisse à chaque fois séduire, presque par surprise, par certaines des perles que l’ancien leader de The Verve parvient toujours à distiller au fil des années.

« Natural Rebel »… Ce genre de titre hein ?

On est bien d’accord que pour appeler un album comme ça, il faut sacrément en avoir dans la gueule. Ca tombe bien, c’est le cas de l’ami Richard. On le sait au moins depuis le clip génial de « Bittersweet Symphony » dans lequel l’Anglais se faisait filmer pendant toute la durée de la chanson, marchant simplement le long d’un trottoir, fonçant dans les passants sans jamais croiser leur regard. La parfaite arrogance anglaise, assumée, portée en étendard.

Il faut aussi en avoir dans la gueule pour envoyer, dès le quatrième morceau, un hymne comme « That’s How Strong».

Dès le début du titre, on a compris qu’on n’était pas là pour rigoler. Guitare acoustique en avant, ambiance mélancolique assurée, et tonton Richard qui entonne, voix grave, « We walk those streets together…».

Et on se laisse complètement emporter par cette ballade qui se barre en symphonie pop, par la voix toujours aussi poignante de l’interprète de « Lucky Man », et par ce texte, d’une simplicité incontestable, mais d’une puissance remarquable.

« Le meilleur chanteur de tous les temps » avait déclaré Chris Martin sur la scène du Live 8 en parlant de son compatriote britannique.

C’était certainement exagéré, mais si la force d’un grand interprète est de pouvoir sublimer un texte qui sonnerait sans doute ridicule dans la bouche d’un autre, alors Richard Aschroft en est incontestablement un.

Au fil de la chanson, la voix du chanteur monte dans les aigus et atteint sa vitesse de croisière, cette tonalité reconnaissable entre mille, pas loin de celle d’un certain Liam Gallagher.

« That’s how strong our love is

That’s how strong this love is

I don’t care what they say

That’s how strong…»

Ce genre de refrain, ouais. Le genre qui prend aux tripes et qui se chante le poing levé, balancé fièrement à la face du monde. En mode brit-pop. En mode Richard Ashcroft.

Certains considéreraient ça « too much » voire carrément « cheesy ». Nous, on appellerait ça « sublime ». Mais c’est certainement une question de point de vue…