Alors que le festival de Hyères s’est achevé lundi dernier, l’énergie vitaminée des jeunes créateurs en compétition continue de nous accompagner. À travers leurs différentes collections, chaque candidat a murmuré et proposé entre les fils et les coutures un projet de société pour demain et une vision du futur plus qu’enthousiasmante. Lors de cette dernière édition les finalistes se sont pour cela amusés à bousculer avec désinvolture et fluidité les concepts et les préceptes.

Chaque participant en fonction de son histoire et de son origine a su avec habilité agiter les codes. Les vainqueurs du grand prix première vision 2018, Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh ont proposé une collection lourde en symboles avec des costumes parfaitement déstructurés, ornés d’objets habituellement abandonnés sur les plages, sacs plastiques ou morceaux de filet de pêche. Avec cette collection éblouissante, le duo néerlandais se jette à l’eau en osant détourner les logos des grandes multinationales colonisatrices tout en donnant à leurs silhouettes de faux airs de vacances grâce aux gonfleurs qu’ils imaginent en chapeaux. Avec ces tenues bien pensées, Rushemy Botter rend hommage aux Caraïbes dont il est originaire en mettant en relief ceux qui n’ont pas la parole. La misère s’oppose à l’opulence, le pêcheur croise les touristes, le capitalisme rencontre la pollution. Le choc est total, l’uppercut direct.

Lors de ce concours, les finalistes n’ont pas seulement bousculé les silhouettes, ils ont revisité l’histoire et le classicisme en les dynamitant. Le plissé à sequin de la candidate finlandaise Anna Isoniemi était particulièrement remarquable. L’Espagnole Manuela Fidalgo s’est approprié l’infante en osant la rendre excentrique et explosive. On note aussi les robes inspirées du début du XXe siècle proposées par la candidate belge Sarah Bruylan qu’elle réussit à rendre plus moderne que jamais avec des imprimés peints à la main style terrazzo.

Enfin et c’est peut-être cela le plus enthousiasmant, cette jeunesse décomplexée ose tout et nous a présenté un monde de toutes les couleurs, de toutes les tailles et de tous les genres. Les garçons ne se gênent plus pour porter des robes et les prototypes flirtent sans gêne avec le 44, reléguant la taille 36 au placard, dans la collection de la française Ester Manas.

Cette année la différence était indiscutablement à l’honneur, la preuve avec le palmarès. En effet, le concours accessoire n’était pas en reste puisque c’est le trio composé de Kate Richard, Flora Fixy et Julia Dessirier qui a emballé le jury avec ses bijoux auditifs à l’esthétique assumée. Quant au candidat pour le grand prix photo qui s’est le mieux illustré, il s’agit de l’américaine Eva O’Leary avec ces portraits d’adolescentes présentés dans des cadres serrés afin qu’émerge le charme de la différence. Ses photographies fortes s’opposent ainsi radicalement aux portraits dont nous sommes inondés, lisses et retouchés.

Avec cette édition 2018, les finalistes nous ont proposé le monde tel qu’ils le voient, multiple, multiethnique, riche… Quel sacré message d’espoir d’autant qu’ils semblent le faire naturellement sans même mesurer la portée de leur acte !