Il est d’usage d’écrire des critiques pour ou contre, mais comme chez Watt la biographie de Jacques de Bascher nous a captivé, nous avons décidé de rédiger un article collectif pour ou pour !

Jacques de Bascher, dandy de l’ombre //
par Marie Ottavi, journaliste à Libération

Prix: 21.00 € / Format: 15 x 21 cm – 296 pages

Parution : 15/05/2017
Editions Seguier

 


1. « Jacques de Bascher forever » par Julie Lautier

Mais qui est donc Jacques de Bascher ? On le connait surtout comme un fantôme noctambule, un personnage très secondaire des nombreuses biographies ou biopics consacrés à YSL ou Karl Lagerfeld. De film en film et de livre en livre, on ne sait toujours pas grand chose sur cet amant de l’ombre, énigmatique, un brin acide.  Pourtant pour avoir fait tourner la tête à deux créateurs de génie et déclencher une guerre des tranchées devenue quasi mythique entre leurs deux maisons respectives, c’est qu’il fallait quand même en avoir sacrément dans la tête. Fantasque, incendiaire et baroque à souhait, qui pouvait bien être ce JDB, un simple parasite mondain un brin sado masochiste ou un héros romanesque ?

Marie Ottavi a tenté de répondre à la question, et il faut bien avouer que ce n’est pas évident vu le peu de documentations qu’il existe à son sujet. Car Jacques de Bascher n’a rien écrit, rien créé, rien légué ce qui rend son héritage bien mince.

Et pourtant lorsque l’on lit cette excellente biographie (comme toujours chez Séguier, on ne cesse de le dire) on se rend compte que JDB est un personnage génial malgré lui. Libre, désinvolte, rebelle, JDB redistribue les cartes sans le vouloir. Absolument pas militant ni révolté pour un sou, il vit et existe, sans jamais se soucier de rien, ni de l’argent, ni de sa sexualité, ni même plus tard de la maladie qui courait dans les backroom qu’il fréquentait et qu’il finira par attraper. De page en page, le talent de De Bascher se révèle insidieusement. Car finalement sa plus grand oeuvre n’est autre que lui même. Il s’invente une vie romanesque qui se doit d’être grandiose et fastueuse. Il ne cédera jamais à la misère et alors même que le sida le contaminera, il gardera le goût pour le beau et le sens de la dignité jusqu’à la mort.

Par sa manière de vivre, de transgresser, de fracasser les codes, de bousculer la sexualité, d’explorer le trash, JDB a probablement joué un rôle essentiel pour libérer la sexualité sans même le vouloir. Probablement trop egoïste, JDB aura vécut pour lui, sans ce soucier des autres, sans combattre, en se contentant d’être libre. Mais c’est justement cette précieuse liberté qui empruntée par d’autres modifiera la société. 

Hilarant, extrêmement cultivé, dépourvu de toutes limites et d’une intelligence extrême, JdB ne pouvait que séduire et l’on comprend peu à peu le lien qui le noue à Karl Lagerfeld. Contrairement à de nombreuse biographies mettant déjà en avant les coteries de Saint Laurent ou de Lagerfeld, celle ci dresse en plus un excellent portrait de société mais également de Karl Lagerfeld. Ce créateur brillantissime qui se cache souvent derrière ses phrases insensées, son intelligence fougueuse et son éloquence sublime se révèle ici comme un être terriblement humain par sa fidélité et sa dévotion ad vitam aeternam pour Jacques de Bascher.


2. Jacques de Basher par Michel Costagutto // TOUT CE QUI SE DIT LA NUIT NE VOIT JAMAIS LE JOUR

« Tout ce qui se dit la nuit ne voit jamais le jour » disait Jacques de Bascher. Qui était Jacques de Bascher? Tout ce qui était grand et qui n’était rien. La grande Passion d’Yves Saint Laurent… Mais le berger veillait… certains riches se croient le droit de rayer un être… ah les matamores milliardaires…

Jacques de Bascher fut sans doute aussi le grand amour platonique de Karl Lagerfeld… un personnage de la Régence – revoir le beau film « que la fête commence » de Bertrand Tavernier ; oui ce film trace un portrait fidèle de ce dandy des seventies…certaines personnes donnent le LA d’une époque – que serait YSL sans Betty Catroux ? Dans le film de Tavernier, c’est Jean Rochefort qui me paraît incarner diaboliquement Bascher.

Perdre n’est pas un problème si c’est fait avec du style, déclarait-il ; évidemment ce n’est pas très contemporain… le FRIC règne en petit maître fasciste sur notre époque… non ? IL AIMAIT FAIRE LES CHOSES POUR LES RACONTER. Il me semble que la pensée majoritaire et unique c’est exactement le contraire : une loghorrée prétentieuse pour ne rien vivre ;

Un dandy est un être de mépris. C’est sa cavalerie napoléonienne qu’il n’a pas les moyens d’entretenir… Mourir pour une paire de chaussette pur fil ? Et pourquoi pas…voilà au moins qui est drôle. Les dandies inspirent des jalousies effroyables. Jacques de Bascher aurait pu vendre des rayures à un zèbre, mais cela ne l’amusait pas…

MIEUX VAUT VIVRE 100 JOURS COMME UN LION QUE 1000 ANS COMME UN MOUTON…

Un portrait de lui : un dessin de David Hockney… ayez la curiosité de le chercher… et si votre devise est : J’AI HATE, comme Louise de Vilmorin, dévorez comme un ogre le livre sublime que viennent de lui consacrer les délicates et délicieuses éditions SEGUIER ;
Un dandy, héros méconnu, ne meurt pas d’overdose, mais de l’ennui subi: il suffit que certains cuistres ouvrent la bouche pour que l’on agonise…

Ce n’est pas YSL qu’il faut lire mais Y est seul disait Yves Mathieu…
Je suis allé au Musée YSL dans sa maison de couture ; je suis resté très longtemps dans l’atelier du Maître… je n’étais pas seul, moi, je sentais le fantôme de Bascher… et par les fenêtre les feuilles de l’automne me contaient l’histoire d’un Grand Amour, car cela existe.


3. Jacques de Bascher par Pierre Lautier