Valérie Chansigaud chercheuse au CNRS consacre sa vie à étudier l’histoire de l’impact de l’homme sur la nature. Ce livre passionnant se pose la question : Pourquoi les français ont si peu d’amour pour la nature ? Cela me semble si étonnant que j’ai désiré lire ce petit livre. « Les français et la nature » se lit comme un roman mais malheureusement pas une fiction, il est riche de citations pour réfléchir sur nos attitudes et l’écologie.« Les français s’intéressent moins à la nature que leurs voisins germanophobes ou anglophobes… » est la première thèse de cette étude. Valérie Chansigaud nous le prouvera à partir de l’engagement de nos voisins pour la défense de la faune, et plus particulièrement leur militantisme pour la cause des oiseaux.

Puis l’auteure nous assure que la protection de la nature a une véritable dimension politique et sociale « Le faible intérêt pour la nature en France s’explique par le poids exercé par le catholicisme » auquel s’ajoute « l’injonction cartésienne de rendre l’homme maître et possesseur de la nature…engendrant une profonde indifférence aux conséquences environnementales ».

L’observation de la nature possède une dimension morale, l’apprentissage de la cruauté faite aux animaux est l’antichambre des comportements criminels à l’égard des êtres humains.

Elle nous citera les écrivains qui ont défendus les animaux, comme Jean Henri Fabre, Louis Pergaud, Pierre Déom, cet instituteur des Ardennes qui a lancé en 1972 la belle et magique revue de « La Hulotte »… De même pour les documentaristes naturalistes Jean Comandon, Jean Painlevé, les précurseurs, Frédéric Rossif, Jacques Perrin, et tout le renouveau des documentaires comme « microcosmes » ou « Le Peuple migrateur », Claude Darget, Bougrain-Dubourg…Nicolas Hulot.

Peu nombreux ils valent mieux que Disney dans « Le désert de l’Arctique » qui achète des milliers de lemmings auprès des enfants inuits, puis les transporte en avion dans la région d’Alberta, où ne vivent aucun de ces animaux, et qui, pour mettre en scène un suicide collectif les propulse du haut d’un falaise dans le vide. Souvent Disney a recréé en studio des scénarios dramatiques peu scrupuleux. Sans chauvinisme, contrairement à Valérie Chansigaud, je trouve que nous ne sommes pas si mal, même si nous sommes loin des britanniques et des américains, mais il me semble que nous sommes moins mémère à son chienchien…

Un beau passage est consacré à Elisée Reclus « Lorsque notre civilisation, férocement individualiste, divisant le monde en autant de petits États ennemis qu’il y a de propriété privées aura subi sa dernière faillite, il faudra bien avoir recours à l’entraide pour le salut commun ». Ce géographe anarchiste du XIXéme, auteur d’une œuvre immense et engagée sur la relation de l’être humain et la nature, et sur l’importance de l’éducation, comme pour l’Art, mais qui d’exil en exil n’a pas beaucoup vécu en France « les limites françaises en matière d’action politique sont marquées par une incapacité récurrente à s’organiser efficacement et à se fédérer autour d’un projet commun ».

Moins connu, dans les années 30, Henry Salt a eu un engagement très fort sur notre relation aux animaux sauvages, sur la patience et la bienveillance plutôt que cette domination « une véritable affection pour les considérer comme des êtres vivants comme nous ». Dans « The Creed of Kinship » (1935) il affirme que la civilisation moderne n’est qu’une forme de barbarie, demande la fin de la vivisection, de la consommation d’animaux et l’abolition de la chasse.

Nos présidents se sont parfois engagés. Pompidou souvent ambigu mais « L’emprise de l’homme sur la nature est devenue telle qu’elle comporte le risque de destruction de la nature ». Chirac le plus engagé « Notre maison brule et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer. L’humanité souffre ». Sarkozy égal à lui-même « Toutes ces questions d’environnement ça commence à bien faire »… !

Quentin.

Photographie : Pierre Layac