Né en 1978, Thomas Vinau vit au pied du Luberon. Il commence par plusieurs recueils de poésies, de portraits, avant d’écrire des romans. « La part des nuages » est son troisième. Avec cette écriture poétique, émouvante, humble, offerte et cette langue crue et fleurie qui le caractérise.

Joseph assistant bibliothécaire est un type innocent et poète, un peu décalé, marginal, et paumé. Sa femme vient de le quitter, il ne sait pas très bien pourquoi « pour être sincère il avait vu un peu vu la grisaille pointer son nez. Une sorte de déception latente dans les yeux de sa femme. Des silences fatigués…et tout ça dans le siphon siphonné des problèmes de sous, de boulot, de crédit, de famille, de fuite d’eau ». Il n’est pas violent, c’est la faute à personne. Mais il y a Noé, leur enfant, au milieu de tout cela « avec du froid dans les yeux ».

Doucement, lentement, Il va couler « comme nous ne sommes pratiquement que de l’eau. Il semble cohérent d’affirmer que chaque être humain porte en lui une dose considérable de buée. Vivre consisterait ainsi à s’évaporer ». Fataliste «Pile ou face. On vit toute une vie avec ça. S’il n’y a rien ou personne pour nous lancer une nouvelle fois. On reste en bas. Le visage couché dans la poussière ». Il ne doit pas couler, pour Noé.

Alors Joseph, déjà un perché, monte à sa cabane dans le grand cerisier du jardin, avec Odile, sa tortue. L’idée de s’élever « de hisser quelqu’un qu’on aime, un peu plus loin, un peu plus haut ». Joseph réfléchit au champ des possibles : comment Gandhi a libéré un continent sans prendre les armes, comment l’eau peut fragmenter la roche et les castors arrêter des fleuves, alors que c’est si dur voire impossible d’atteindre le soir, de trouver une raison de sourire, juste s’endormir en peu, tranquillement, paisiblement « là il n’y a plus personne ».

Il traîne là haut dans son arbre. Il joue avec les mouches puis retourne s’assoir devant son bol. Il se dit : il faut garder le rythme, remplir le jour « il se dit qu’il est seul et qu’il est bien. Il se dit que c’est faux, mais qu’il s’en fout. Comme un indien qui danse dans une plaine brûlée ». Il fait la liste des choses dont il a été fier. Et puis, maintenant ?

« Elle est douce comme de l’eau qui court la sensation de n’être pas quelqu’un » Pessoa.

Joseph va croiser Robin. Un autre naufragé. Un soir qu’il avait bu, Robin s’est endormi trop près d’un feu. Il a brûlé, n’est plus qu’une cicatrice de greffes « ses doigts sont noirs. Abîmés. Rongés. Il n’a pas des mains de feignant. Son menton et son front sont enfouis sous l’énorme capuche d’un blouson de pompier » trouvé aux Puces. Robin emmènera Joseph dans son jardin secret, en haut d’un cloître. Ils traverseront la nuit ensemble « jusqu’à arpenter le coton de l’aurore. A cru ». Il croisera sa voisine, une musicienne, Joseph lui parle d’Odile la tortue, Lilith de son blaireau qui la bat.

Puis Joseph dort longtemps, et se lave, se rendort, se relave. Alors, il suffit de ce qui peut paraître rien. Le téléphone sonne. C’est Noé. Il a trouvé un hérisson, sa mère ne veut pas de ça chez elle. Bien sûr Joseph va le garder. Il promet même de lui faire une cabane. Noé viendra demain avec le hérisson. « Joseph en relevant la tête constate l’immensité de la tempête qui a couvé dans la maison. Il va falloir s’y mettre. Serpillière à la main ». Après ce gros nettoyage, la maison sent le propre et la pomme verte « Joseph s’étire en lâchant le balai. Dehors est immense. Dans la vitre son reflet rit ».

« Peu à peu : se redresser, partir avec l’oiseau, puis avec l’arbre, lui laisser nos gestes et le petit secret enterré à son pied ». Thierry Metz.

Quentin.

Photographie : Pierre Layac