« Si l’on s’avance en toute confiance en marchant vers ses rêves, si l’on s’efforce de vivre la vie que l’on s’est imaginé, l’on sera couronné d’un succès d’ordinaire fort inattendu ». Celui qui écrit ces lignes à la fin de « Walden ou la vie dans les bois» sait de quoi il parle, sa vie sera vécu sans la moindre concession, libre, infiniment.

« Aimer votre vie, si pauvre soit elle », Henry David Thoreau la vivra ainsi, dans le dénuement, mais fidèle à ses convictions, en harmonie avec la Nature, ses cycles, ses saisons « La vie en nous est comme l’eau dans la rivière ». Et cet écrivain, philosophe, rebelle, écologiste, est totalement d’actualité dans notre société qui découvre tard que l’homme détruit par avidité, au nom du « progrès »,une Nature offerte, un Univers parfaitement organisé où chaque élément est à sa place pour un bonheur simple et essentiel.

Henry David Thoreau est né le 12 juillet 1817 à Concorde, Massachusetts. Son aïeul poitevin d’origine, se faisait appeler John et choisit pour destin l’aventure, corsaire, révolutionnaire, il nourrira l’imaginaire de Thoreau enfant, celui de la liberté de ne rien devoir à personne et de faire ses propres choix sans se soucier de l’opinion des autres « Ce qu’un homme pense de lui-même, voilà qui règle, ou plutôt indique son destin ». À 20 ans il est diplômé d’Harvard, mais cette réussite n’eut pas de conséquences sur la suite.

Son père avait une petite fabrique de crayons à mine, il le rejoindra un temps pour tenter de concevoir un crayon de meilleure qualité, il enseignera un autre temps dans une école privée avec son frère, et fit de nombreux autres métiers tel arpenteur. Comme l’écrit son ami Ralph Waldo Emerson lors de l’hommage qu’il lui rendit le jour de ses funérailles « Jamais oisif, sans aucune indulgence envers lui-même, il préférait lorsqu’il avait besoin d’argent le gagner en s’employant a quelque tâche manuelle qui lui convînt – construire un bateau ou une clôture, planter, greffer, arpenter et diverses activités de courte durée…Avec ses habitudes de vie rustique et ses faibles besoins, ses talents de menuisier, sa grande maîtrise de l’arithmétique, il était parfaitement capable de vivre n’importe où dans le monde ».

Pour finir ce portrait d’un être d’exception : il ne se maria jamais, vécut seul, n’alla jamais à l’église, ne vota pas, refusa de payer une taxe foncière à l’Etat car il désapprouvait l’usage qui était fait des deniers publics, fut mis en prison pour cela ce qui donna lieu à son ouvrage le plus connu « La désobéissance civile », livre de chevet de Gandhi et Martin Luther King. Il n’usa jamais du moindre piège ou arme à feu et s’abstenait de nourriture animale.

A 28 ans, le jour symbolique du 4 juillet (Independence Day) 1845, il s’installe dans une petite cabane de bois de 3m sur 4m50 au bord de l’Etang de Walden construite par lui. Il y vivra deux ans, deux mois et deux jours. Il ne se lave pas, travaille pieds nus, une simplicité volontaire de retour aux fondamentaux. Et pourtant si Henry David aspire à cette vie sauvage il n’est pas un ermite, sa maison est ouverte à tous, située à courte distance de sa ville natale, ni moine, ni misanthrope, mais comme tout un chacun il aime parfois se retrouver seul « Je gagnais les bois parce que je voulais vivre selon mûres réflexions, n’affronter que les actes essentiels de la vie et voir si je pourrais apprendre ce qu’elle avait à enseigner ».

Thoreau vivra et s’engagera courageusement avec son temps en faveur de l’abolition de l’esclavage, l’abolition des taxes douanières, la défense de l’esclave John Brown qui assassina ses maîtres, et tenta une insurrection, condamné à mort il sera pendu. Thoreau lira un hommage dans sa ville alors que tout le monde s’y oppose. Le jour de la pendaison, Victor Hugo, fervent opposant à la peine de mort adressera une lettre au gouvernement américain pour exprimer sa colère.

Il est des hommes et des femmes qui marquent l’Histoire, et permettent d’espérer, de croire encore, qui donnent du courage et le désir d’être soi même, de tenter l’utopie, tel Thoreau, Elisée Reclus, Louise Michel, Pierre Kropotkine, Errico Malatesta, Gramsci…Il faudrait conserver toujours auprès de soi le Journal de Thoreau, et « Walden »…

« La terre est une poésie vivante comme les feuilles d’un arbre, qui précède les fleurs et les fruits… la Nature a des entrailles, en cela aussi elle est mère de l’Humanité »

Quentin.

Photo : Pierre