Au cours de la Lecture sur « L’histoire du silence » d’Alain Corbin, j’avais cité un beau texte de Fromentin qui avait aiguisé mon désir de le découvrir. De lui on connaît le livre autobiographique « Dominique », on ne sait que rarement qu’il écrivit ce magnifique texte « Un été dans le Sahara » suivi quelques années plus tard de « Une année dans le Sahel » dont le fin est plus encore un discours sur la peinture et l’expression des émotions de la vie intérieure. Il écrira aussi une remarquable étude sur la peinture hollandaise qui paraîtra l’année de sa mort subite en 1876. Mais là aussi ce livre « Les Maîtres d’autrefois » fut longtemps remisé à tort dans les rayons de critiques picturales et au 19ème siècle la peinture hollandaise n’avait pas l’engouement d’aujourd’hui.

Eugène Fromentin est né à La Rochelle en 1820 d’une famille riche bourgeoise. Tout lui souriait, des études brillantes, du charme, du talent. Peintre reconnu il expose dés 1847 des toiles au Salon. Il revient alors de ce voyage en Algérie qui marqua sa vie et son œuvre en mars, avril 1846. Orientaliste il présente « Une mosquée près d’Alger » et « Les Gorges de La Chiffa ». Au retour d’un second voyage à Blida, Constantine, Biskra, il rapporte « les Tentes de la Smala de Si Hamed bel Hadj et « une rue de Constantine ». Il reçoit une médaille de 1ère classe et l’estime de Baudelaire : « Il n’est précisément ni un paysagiste, ni un peintre de genre. Ces deux terrains sont trop restreints pour contenir sa large et souple fantaisie…Son âme est une des plus poétique et des plus précieuse que je connaisse ».

Partagé entre l’écriture et la peinture Fromentin défini ainsi ce qui lui semble un échec et s’en ouvre au peintre Gustave Moreau « Si cela continue je serai de plus en plus les deux moitiés mal assorties de quelque chose. Et l’homme entier ne sera nulle part ». Au contraire ce que j’aime tant chez lui c’est justement cette écriture simple, précise, sensuelle, celle d’un peintre qui décrit par des mots un tableau comme il le peindrait.

J’ai retrouvé en le lisant les lettres de Van Gogh à  Théo « Le ciel était d’un bleu de cobalt pur. Devant moi, mais fort loin encore je vis apparaître au dessus d’un plaine frappée de lumière, d’abord un monticule isolé de rochers blancs, avec une multitude de points obscurs, figurant en noir violet les contours supérieurs d’une ville armée de tours, au bas s’alignait un fourré d’un vert froid, légèrement hérissé comme la surface barbue d’un champ d’épis. Une barre violette…fermait l’horizon…sur un fond de ciel couleur d’argent mat… ». Ou cette description « Brahim, personnage modeste, corps amaigri, figure souffreteuse, à des airs cauteleux, vicieux et sournois ».

Et cette description d’étoffes au passage d’une tribu d’Arba « Imagine un assortiment de toutes espérés d’étoffes précieuses, en assemblages de toutes les couleurs du damas citron, rayé de satin noir, avec des arabesques d’or sur le fond noir et des fleurs d’argent sur le fond citron, tout un attouche en soie écarlate traversé de deux bandes de couleur olive, l’orange à côté du violet, les roses croisés avec des bleus, des bleus tendres avec des verts froids, puis des coussins mi-partis cerise et émeraude, des tapis de hautes laines et de couleurs plus graves, cramoisis, pourpres et grenats… ». Avec cette description nous pourrions reproduire exactement ces décors.

Et de conclure à la troisième édition d’  « Un été dans le Sahara » : « Le livre est là non pour répéter l’œuvre du peintre, mais pour exprimer ce qu’elle ne dit pas ».

Quentin.

Photo de Pierre