Un auteur en lumière ou un thème,
une image pour réfléchir…

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Pino Pelosi, le raggazo qui a participé à l’assassinat de Pier Paolo Pasolini est mort d’un cancer le 20 juillet dernier. Il emporte avec lui le mystère du massacre de l’écrivain sur une plage d’Ostie, près de Rome, le 2 novembre 1975. C’est de l’endroit exact de sa mort, près de l’hydrobase sordide de cette plage « Ostie aujourd’hui, c’est Rome qui vient cracher dans la mer », que Pierre Adrian part à la découverte de Pasolini, à partir des lieux où il a vécu, à la fois une enquête minutieuse de ce parcours, mais aussi un voyage initiatique « Je veux rencontrer les lieux qui ont construit ce visage, du Frioul jusqu’à Rome ».

Tout au long de ce flânerie grave et passionnante, Pierre Adrian reviendra sur son amour de Pasolini dont il cherche sans cesse à comprendre l’origine « Pourquoi moi, si loin de lui, étudiant parisien de 23 ans je le cherche encore…Peut-être un appétit pour la vie, torturé par un mal de vivre que Pasolini dépeint merveilleusement. Il y a aussi ces interventions visionnaires tant aujourd’hui elles sont justes, sur la société qu’il a vu se métamorphoser…un écrivain livré à ses tourments et ses contempteurs. Un homme sans cesse tenté par la pureté et le péché… ».

C’est à Casarsa, au Frioul que Pasolini est enterré auprès de sa mère, la femme qu’il a le plus aimé, à  côté son frère Guido, et sa grand mère dont il a rédigé les mots gravés sur sa tombe « Regarde nous timidement du ciel comme dans le noir de cette maison, tu étais assise sans illusion ». Depuis le 14eme siècle les ancêtres de sa mère, Susanne Colussi, sont enracinés au Frioul. Son père, Carlo Pasolini est originaire d’une famille aristocratique désargentée de Ravenne. À Casarsa il existe un Comité de Mémoire dirigé par la première femme d’Alberto Moravia, Dacia Maraini, amie de P.P.P. «  Le Frioul, un amour qui devient répulsion, mais cette fascination toujours pour les racines, la quiétude des origines, ce passé qui ne bouge pas et où tout redevient amour ».

Guido, son frère, entré dans la Résistance auprès des communistes sera assassiné au mois de février 1945. Pier Paolo et sa mère ne l’apprendront qu’au printemps « Pour vivre, il faut lutter, il n’y a pas de mystères. Il convient de souffrir, mais de supporter : en attendant, s’accommoder, même avec la rage ». Autour de Casarsa, des petits villages : Versuta, San Vito, Pordenone, Castle, Gruaro, Valvasone, où se vivent et s’écrivent les aventures adolescentes de Pasolini, amoureux des petits bals, des bains dans les rivières, mais plus encore amoureux du football, il raconte cela dans les nombreuses lettres écrites à son ami Luciano Serra. Avec sa mère, Pier Paolo quitte définitivement Casarsa en 1950, accusé de détournement de mineurs, homosexuel, exclu du Parti Communiste.

Puis Pierre Adrian se rend à Rome « Les années romaines de Pasolini sont l’évolution d’un poète au cœurs d’une ville qui balance entre ses traditions et les nouveaux codes de la société moderne. Du confinement imposé par le travail aux nuits d’errance, Pasolini est un poète en mouvement dans une Rome électrique ». Dans la ville sainte, Adrian se penche sur le Pasolini religieux. Il cite un poème envoyé par Pier Paolo à Gianfranco Contini en août 47 « Je suis aussi, Seigneur, parmi ceux qui te cherchent. Je t’appelle d’un cœur éteint…réchauffe ma prière de glace, recueille cette âme ». Pasolini est fasciné par les saints, « L’évangile selon Saint Matthieu », les ébauches de tournage sur Saint Paul, Charles de Foucault, fasciné par la figure du Christ.

Et Adrian de poursuivre «  Il n’y a pas d’acte plus révolutionnaire que de croire en Dieu » suivi par une réflexion originale et séduisante. Pasolini est un révolutionnaire, incontestablement, Adrian cite aussi sa filiation avec Antonio Gramsci dont nous avons largement parlé dans « Watt » et de lui répondre « Je vois que les jeunes sont en train de perdre les vieilles valeurs populaires et d’absorber les nouveaux modèles imposés par le capitalisme, en courant le risque de se déshumaniser et d’être en proie à une forme abominable d’aphasie, à une brutale absence de capacité critique, à une factieuse passivité ».
« Il monde è dei bravi, ma i coglioni se lo godono »
(Le monde est au brave gens, mais ce sont les cons qui en jouissent…) P.P.P.

Quentin

Photo de Pierre

Pierre Adrian a publié en 2017 « Les âmes simples ».