L’histoire a tendance à se répéter inlassablement mais en matière de fête, cela n’est peut-être pas pour nous déplaire. Cette année, nombreux sont ceux qui peinent à formuler leurs voeux. Ces deux dernières années ont tristement réussi à balayer de nos vocabulaires les expressions « bonne » et « heureuse année ». Les messages sont désormais chargés d’intensité, d’inquiétudes, de troubles, de révolte aussi et ne serait qu’avec la présence des élections, nul n’ose penser que cette année ne pourra qu’être meilleure que la précédente.

Et pourtant, malgré cette lourdeur dans l’air, la nuit semble se réveiller. Dans les salons dans lesquels on avait poussé les meubles le temps du réveillon, dans les bistrots de quartier, dans les salles de concert, dans les rues même, la danse semble revenir. Pas seulement dans les salles de spectacle dans lesquelles la danse séduit indubitablement le public. La nomination d’Aurelie Dupont à la tête de l’Opéra de Paris et le départ de Benjamin Millepied auront passionné les spectateurs l’an dernier et dans le domaine de l’enfance les ballerines ont même réussi le coup de force de reléguer aux vestiaires les princesses. Mais aujourd’hui, il n’est plus question de regarder la danse mais de danser soi-même. Car finalement la danse représente l’expression de l’abandon et offre la possibilité de parvenir à lâcher prise dans les moments les plus difficiles. C’est probablement pour cette raison que les guerres se sont toujours accompagnées de fêtes et d’éclosion de nouveaux rythmes. Rappelons que lors de la période d’entre guerre, les dancing battaient leur plein et qu’après la seconde guerre mondiale, tandis que les caves de Saint Germain émergeaient, on assistait à la naissance du be-bop. Les sous-sols parisiens swinguaient à tout va.

 

Ces dernières années, la fête s’était évanouie, remplacée par un cafard d’enfant gâté, par une tristesse mollassonne, par des corps indolores et indolents, figés, droits et tristes comme des colonnes qui peinent à onduler. Qui nous aurait dit dans les années 80 qu’un jour nous assisterions à des concerts de rock dans lesquels personne ne bouge, ne chante ni ne danse, où l’on pourrait presque entendre les mouches voler si les musiciens s’arrêtaient net. De la folie du Palace, nous sommes passés à la lenteur du Montana ou du Baron, à une fête grise, ultra chère, réservée aux élites entre guillemets, dans lesquelles les excentriques, les intellectuels, les artistes ont disparu. La faute au sida probablement qui aura geler les corps, à nos vies désorganisées, de plus en plus individualisées, à l’arrivée du numérique, à la naissance de  la vie virtuelle qui remplace la vie réelle et entraine la disparition du corps. Peut être Beigbeder avait raison dans sa description de notre société hédoniste et superficielle lorsqu’il écrivait ‘le sexe et le fric étant, implicitement, inclus dans la fête : le fric permet la fête qui permet le sexe.”

Et puis bang, les temps changent avec l’arrivée des drames et soudainement sans même l’avoir entendu se faufiler, la fête, la vraie semble revenir. Alors que l’on peinait à définir nos libertés, que l’on se demandait si l’on pouvait continuer d’aller en terrasse, à assister à des concerts, à s’aventurer dans les musées, certains se remettaient à danser.  Et si la fête était le meilleur mouvement de résistance. S’abandonner, tourner, virevolter pour oublier, pour continuer de rêver. Retrouver le physique pour se reconnecter aux autres. Transpirer pour se sentir libre.

Et si 2017 était vraiment l’année de la fête ?