Michka.

Il s’appelait Michka. Michka Galitsine.

Sa mère Princesse Galitsine branche Romanoff. Michka était blond, enfin blond, ce blond cendré presque blanc propre aux russes. Il avait des yeux jaunes de tigre de sibérie ; une tignasse-paillasse sur une peau rose, blanche, porcelaine. Le blanc du visage s’approchait parfois de la transparence de la vodka, on y voyait les veines pulser tracées d’un bleu Pascin. La voix-neutre, presqu’effacée… Une voix poudreuse, avec des trous de silence, des arrêts brusques.

Quelque chose d’une griffure dans la pensée, bouche et menton cosaques. D’instinct jouant à la roulette chaque parcelle de sa vie. C’était comme s’il n’avait jamais été enfant, Michka. Né vieux. Né suicidaire. Né brûlé.
Son intelligence pourfendeuse, éclair de lame et d’estoc : trop tard, on était mort. Mort sous le coup de feu de son mépris ou l’acier de son cynisme.
Quelque chose d’occulte et de fou dans ce génie de sabreur des steppes. Grand croqueur de femmes. Ne dédaignant pas les gitons.

Quatrième sur 2000 au Concours National de Psychiatrie. Pour ses parents ce fut un déshonneur. Michka se devait d’être Premier, ou mort. On est Galitsine ou pas.

VLADIMIR KURYLENKO