C’est peut être l’une des images dont l’on se souviendra dans quelques années lorsque l’on repensera à cet euro et à sa finale malheureuse, celle des drapeaux qui flottaient un peu partout en France. Dimanche dernier, il y en avait tellement qui se dressaient fièrement dans les rues, accrochés aux voitures, aux fenêtres que ça tirait même un peu la larme à l’oeil. Car en France, cela fait maintenant plus de 18 mois que le drapeau a fini par ne plus être un symbole nationaliste, populiste voire carrément fasciste pour devenir à la place le funeste symbole de nos disparus, de notre tristesse, et de notre colère.

Certains enfants au lendemain de la demie-finale alors que les français commençaient à peine à suspendre les premiers drapeaux se sont demandés si les gens qui habitaient dans ces maisons étaient des amateurs de foot ou bien s’ils avaient perdu quelqu’un l’an passé. Terrifiant. Car pour ceux qui ont connu 98, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le drapeau peu incarner la beauté du sport alors que pour les enfants de ce que l’on appellera hélas un jour « génération attentat », il ne fait pas l’ombre d’un doute, que le drapeau peut incarner la mort.

Et puis l’euro est arrivé et bam, 6 buts de Griezmann plus tard, voila que le drapeau se recolorait de joie.

Alors quel spectacle, quelle intensité, quelle magie, quelle poésie et quelle dramaturgie aussi que de voir le 10 juillet dernier Paris habillée de bleu blanc rouge. Paris debout, Paris hurlant, Paris qui dansait et qui prenait des airs d’Italie, de Rome, de Naples même avec la folie méditerranéenne, les klaxons qui faisaient rage et la foule envahissante et débordante partout, inondant les terrasses, les places et les avenues.Pendant le match, la ville criait si fort que la rue prenait le dessus sur le stade de France comme un grondement terrible.

il n’ y avait pas besoin d’être sportif, ni d’aimer le football pour avoir eu envie de voir la France remporter cette finale, non pas par chauvinisme absolu ou par esprit imbécile de compétition, mais juste pour voir la France gagner, célébrer, se réjouir enfin, respirer de nouveau. Et après tout ce que l’on a vécu, cela aurait été bien mérité. Gagner juste pour que l’on puisse terminer cette fête qui avait si bien commencé et qui s’est arrêtée nette au coup de sifflet final, coup fatal pour les rires et les chants.

Aujourd’hui partout en France, quelques drapeaux continuent de flotter, un peu comme des décorations de noël oubliées au lendemain du 25 décembre. Les bleus valeureux en qui pas grand monde ne croyait auront eu le mérite de nous faire rêver. Vivement le mondial.