Souffrance. Que se passe-t-il dans notre cher pays aujourd’hui pour que presqu’un électeur sur quatre vote Front national, pour que des hommes décident d’abattre des flics en pleine rue ou de mutiler le 14 juillet avec un camion, pour que des femmes choisissent de porter le niqab de leur plein gré ? Le décompte des votes au premier scrutin est clair net et sans appel. Souffrance enfouie sous la France.

Le risque, à en voir les réactions des politiques comme des citoyens, notamment sur les réseaux sociaux est de basculer aujourd’hui dans la haine et la division, ce qui ne présente tout simplement aucun intérêt. Le mépris n’a jamais été constructif. Personnellement, je redoute de voir revenir ce spectre des classes, de voir remis au goût du jour la France d’en haut et la France d’en bas, la France intelligente et la France bête, la France gentille et la France méchante. Sous-France. Horreur. Arrêtons chacun de nous croire meilleur que les autres, arrêtons l’arrogance.

Nos valeurs sous le drapeau devraient pourtant nous le rappeler. Comment pouvons-nous clamer l’égalité et la fraternité et céder avec autant de facilité à des discours violents ? On ne peut pas insulter allègrement de connard, enculé, salopard, imbécile, idiot, abruti, fils de pute et se dire démocrate. Il faut choisir son camp. Le vote au Front national est un appel au secours d’une population dévastée, désorientée. Aujourd’hui il n’est pas question de comprendre mais d’entendre les voix de ces Français. Lorsqu’une personne coule, on lui tend la main, mais nous en France nous préférons envoyer des coups de bâtons, vous me direz c’est plus facile. Or, ce n’est pas en prenant les gens de haut qu’ils voteront différemment au second tour. Bien au contraire.

Jamais il n’ a été, je crois, aussi crucial d’écouter les autres. Sinon il est évident que la colère ne fera que croître et si l’on continue ainsi, la France se fracturera irrémédiablement en deux, les haines augmenteront et Marine Le Pen finira, un jour, présidente. Faute au mépris.

L’intelligentsia se devrait donc d’être à l’écoute, de mettre de côté sa suffisance et d’accepter, d’entendre, de voir la misère des gens. Si l’on ne comprend pas, si l’on refuse d’analyser ce qui conduit les gens vers les extrêmes dangereuses, quel est alors le rôle des intellectuels ?

Ces derniers devraient appeler à un rassemblement républicain pacifiste et responsable derrière le mouvement En Marche plutôt que d’accabler une fois de plus le peuple. Tendre la main, car chacun sait parfaitement que ce ne sont pas les élites qui votent Front national mais le peuple. Le Front national est une maladie contagieuse qui touche bien plus les pauvres que les riches, c’est factuel, c’est irréfutable et c’est aussi la preuve que les élites ne comprennent pas les problèmes qu’ils ne connaissent pas et qu’ils ne souhaitent surtout pas régler. Ce n’est pas le citoyen que l’on traite désormais de fasciste qui est coupable de son vote mais bel et bien les élites qui ne l’entendent pas. Faire la sourde oreille aujourd’hui tend à faire croire que la situation depuis le 18ème siècle n’a pas évoluée. Le peuple n’a pas de pain et bien qu’il mange des brioches, la suite on la connaît … ce sont les têtes tranchées.

On ne peut pas aimer le socialisme et mépriser le peuple. Moi « je suis pop populaire » comme le dit mon penseur préféré Michel Costagutto. Je ne cèderai pas à la haine car je préfère tendre la main. Je pense que c’est bien plus utile.

Illustration // OBEY