Facebook « m’a tuer », nous a tués plus précisément. Comment ? Mais avec son nouvel algorithme bien sûr.

Vous le savez probablement, il y a quelques mois, le géant américain des réseaux sociaux a une fois de plus frappé et modifié son algorithme, entraînant immédiatement chez les bloggers une chute vertigineuse des audiences et suscitant une vague d’indignation partout sur la planète. Vous me direz, si à la Revue Watt, nous ne sommes pas contents de ce nouveau système, nous n’avons qu’à ne plus aller sur Facebook ou mieux encore nous désabonner tout simplement en rejoignant le mouvement #deleteyourfacebook. La réalité, c’est que ce changement nous concerne tous. Pour vous faire comprendre pourquoi cela nous dérange autant, retour en arrière aux frémissements de notre aventure, il y a trois ans.

Nous avions la volonté de créer un espace de liberté en réaction aux terribles attentats de Charlie. C’était notre moyen à nous de réagir, de continuer à respirer, parler, rêver aussi. Nous avions le sentiment qu’il fallait maintenir des espaces de libertés, devenus soudainement plus fragiles que jamais ; c’était une manière de crier « touche pas à ma liberté », d’être citoyen aussi.

Il faut reconnaître que pendant un temps, c’est Facebook qui nous aura permis de créer cela, car le réseau social était un terrain de jeu idéal pour une revue comme la nôtre. Il nous offrait la possibilité de diffuser, de nous exprimer, d’élargir chaque jour un peu plus notre petite communauté, le tout avec un savant contournement de la censure. Le réseau étant très prude, nous avons souvent masqué les œuvres de bon nombre de photographes, d’artistes que nous soutenons et dont le travail consiste à mettre en avant le corps dans tous ses états.

Ça c’était avant. Avant les modifications successives des algorithmes. Avec le temps, notre revue comme tant d’autres a fini par disparaître du réseau. Terminé le temps du partage, de l’échange, de l’expression et de la diffusion. Depuis janvier dernier, Facebook prétend vouloir mettre en avant les posts de nos proches, en décidant au passage qui sont vos proches pour vous. Mais les conséquences sont dramatiques car le but n’est pas de recréer des liens mais de récolter, lors de vos interactions, un maximum d’informations que Facebook revendra ensuite aux annonceurs. Avec ce coup de tonnerre dans la toile provoquée par la réforme de son algorithme, Facebook renonce par la même à son statut de media, pour des raisons que l’on connaît tous avec le scandale des élections américaines. Mas c’est finalement bien dommage pour les utilisateurs. Car par cette limite et ce contrôle des publications des médias, nous glissons évidemment vers un mode de pensée unique et c’est cela qui fait froid dans la dos.

Les petits médias, les blogs, eux ne payent presque rien à Facebook, une goutte d’eau dans l’océan bleu qu’a inventé Mark Zuckerberg. C’est pour cela que nous avons disparu. Mais dans le fond, ce n’est pas notre petit cas isolé qui est grave mais l’addition de gens comme nous dont on enfouit les mots, les vidéos. Essayez de faire le calcul du nombre de blogs (ne serait ce que ceux administrés par wordpress !), de magazines, fanzines, youtubeurs dans le monde entier, qui en quelques clics ont disparu de Facebook en janvier dernier…

Ainsi, selon que vous serez puissants ou misérables, les réseaux sociaux vous rendront bleu Facebook ou tout simplement invisibles. Ce sont les petits comme nous, les promoteurs d’artistes agités, d’idées à débattre qui ont été les premiers à trinquer. En ces temps de moralisation, de normalisation de l’esprit, nous espérons que les petits blogs comme nous arriveront à survivre, non pas parce que nous avons la prétention de croire que nous allons révolutionner la planète mais simplement parce que tous ensemble, nous démultiplions la pensée.

Aujourd’hui nous tentons de riposter, mais nous ne sommes pas des hackers et ne survole pas qui veut le nouvel algorithme. Par humour, nous partageons bien sûr cet article sur Facebook et redoublons d’effort, en nous agitant désormais différemment, dans un groupe privé sur Facebook, sur Soundcloud, sur Youtube, sur Twitter, sur Instagram ou encore sur Whatsapp. Nous vous invitons bien sûr à nous rejoindre. Il faut se battre pour ses idées, ce que nous faisons modestement à notre manière dans chacune des publications que nous partageons. « Touche pas à ma pensée j’t’ai dit … »

Pour en savoir plus, écoutez le podcast « le téléphone sonne » sur France Inter :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-22-mars-2018

Fresque Mr Thoms –  « like a vision »