La Canopée, vous connaissez ? Dans le dictionnaire, c’est « l’étage sommital de la forêt tropicale humide, qui abrite la majorité des espèces y vivant » (Dictionnaire Larousse). Depuis le 5 avril, c’est le symbole du renouveau des Halles, communiqué et inauguré fièrement par la Ville de Paris.

Avec ses 96 mètres de portée, une enveloppe de 25000 m2, plus de 7000 tonnes d’acier (presque autant que la Tour Eiffel) et son coût de 240 millions d’euros, cet ouvrage d’art imposant, signé Patrick Berger et Jacques Anziutti, focalise les regards et les esprits depuis 2010, année du début du chantier des Halles. Emblématique du nouveau Forum, on a eu de cesse de parler de lui ces derniers jours. Sa couleur est, au choix, contestable ou contestée, ses détails pourraient être plus raffinés et le tout, côté Bourse de commerce, fait l’effet d’une jupe qui ne se soulève pas autant qu’on le souhaiterait. Voilà pour l’extérieur. Sous l’édifice en revanche, la sensation d’espace est indéniable. L’axe est-ouest (Porte Lescot / Jardin Nelson Mandela) est bien dégagé, tandis que l’axe nord-sud (Porte Rambuteau / Porte Berger) a gagné en fluidité. Plus que sceptique il y a peu, je dois admettre que j’ai été agréablement surprise, même si je ne suis pas dupe de l’effet embellisseur du soleil de ce derniers jours et reste dubitative sur la cascade qui se matérialise en temps de pluie, à l’extrémité de la colonne vertébrale de cette carapace de verre.

Seulement voilà, que prône vraiment la ville de Paris avec cette Canopée ? Une ode à l’architecture éventuellement contemporaine ? Un centre de Paris entièrement rénové à la hauteur des ambitions d’une capitale mondiale ? Un quartier ouvert sur ses habitants ? Rien de tout ça, je le crains. Un peu comme l’arbre qui cache la forêt, la canopée cache le vrai propos de ce projet : un centre commercial ouvert 7 jours sur 7 abritant de grandes enseignes connues de tous (des briques de jeu multicolores aux cosmétiques) et quelques autres plus chics et ciblées (de l’épicerie bio aux carnets d’architectes en passant par la gastronomie d’un chef étoilé). Certes, des équipements publics existent, plutôt à dimension locale d’ailleurs (un conservatoire, un centre du Hip-Hop, une médiathèque, un kiosque jeune, etc.), mais le dépliant distribué à l’entrée est celui du Forum des Halles au titre et slogan limpides : « Unexpected shopping / Shopping inattendu – Ouvert 7 jours sur 7 et vice versa ».

Et, surtout, le chantier est loin d’être fini. Il faudra en effet attendre la fin 2017 pour pouvoir profiter des 4,2 hectares du jardin Nelson Mandela et pour que le tissage urbain revendiqué par le projet initial de David Mangin soit achevé.

Devant tant d’empressement et tant de bruit, difficile donc de ne pas avoir le sentiment amer d’être pris pour un porte-monnaie ambulant et de ne pas distinguer sous les traits de la Canopée des Halles, en lieu et place de ce qui a été le ventre de Paris il y a 150 ans, une bouche béante prête à avaler plus de 33 millions de consommateurs par an…

 

 

 

Vidéo et photos © M-H Fabre, sauf la photo de la cascade © www.parisleshalles.fr