à Rita Hayworth, jeanne Moreau, Oja Kodar

Le cinéma, c’est le plan de 18mn qui ouvre « la soif du mal ».

Toute l’œuvre d’Orson Welles est hantée par le mal et la bouffonnerie ; souvent le rire congédie le diable ; le sujet de ses films est toujours le même : un innocent croit vaincre les coupables ou un puissant se croit immortel ; dans les 2 cas ça finit mal.

Au moins la France lui a-t-elle permis de finir un film, dans la gare alors désaffectée d’Orsay : « le procès » d’après Kafka ; enfin avec Welles on oublie le « d’après »… à consommer sans modération…

Vivre tue, Welles aussi, mais plus vite, et cela passe par la déchéance et le fou du Roi… êtes-vous falstaffien voilà la question à se poser pour être happé par les films de Welles et n’en jamais sortir ; moi je vis dans un film d’Orson Welles, chaque jour, chaque jour je suis un héros et chaque jour je suis déchu… mais pour être déchu il faut avoir été le Roi ou le Prince, ou sa version moderne : le héros ; pas le super-héros, le super-héros appartient à la post-Histoire, c’est de l’idiotie sur de la bouffonnerie : un con.

Non chez Orson l’ourson, rire fait mal parce que l’humour n’est pas drôle ; l’humour est fou ; fou ; et c’est pour ça que tant de comiques sont sinistres, ils savent que le rire est frère de la mort, sa conjuration, la conjuration contre les imbéciles et dieu sait que pour (ne pas) vendre sa camelote, Orson en a subi des rustres milliardaires, par brassées ; c’est la connerie qui fait grossir ! On commémore Welles ; partout ; c’est politiquement correct, cela ferait enrager et ricaner Orson Welles, et on ne lui donnerait pas plus les moyens de tourner un autre film-voir Fellini… le génie n’est pas commercial c’est ce que l’on veut nous faire croire et c’est faux ; à force de répéter au peuple qu’il est con il s’en est persuadé.

Les intrigues des films de Welles sont limpides ; c’est de la ligne claire ; son génie inégalé d’acteur a tué le cinéaste, on ne voulait que les numéros d’Orson et rien à faire du cinéaste ! c’était le début de l’esthétique du clip ; un clip d’Orson, chouette ! Et le début de la mort de ce qu’avait été le cinéma ; il y aurait des survivants, sauvages, à savoir encore qu’un film est fait de plans, et non d’images : Abel Ferrara, Philippe Garrel, Jim Jarmusch…

Orson Welles est mort d’avoir tout compris du cinéma à 22 ans ; il s’y ennuyait… il a réinventé le cinéma dans son ultime film, un film-essai, « Fake », qui analyse la spectralité du spectacle (lire Guy Debord), c’est Godard, mais sans péroraison luthérienne ; Orson ne parle pas à Dieu, il ne salue pas Marie, il parle aux sorcières de la lande, à la lune, aux ogres baffreurs et baiseurs… plus de 20 films inachevés -mais l’inachevé c’est la vie ; alors pas de médaille, buvons avec Falstaff et roulons nous sous la table pour se rendre compte que le destin d’un tyran ne pèse pas un gramme de plus que la facétie d’un bouffon ; fût-il un crapaud.

(PS : les crapauds sont aimés des fées)

A SUIVRE