Vincent Sator et Christian Berst sont les instigateurs, depuis cinq ans, du Passage Pas Sage, fête d’un jour début septembre où les galeries du Passage des Gravilliers accueillent joyeusement les visiteurs et passants autour d’expositions, de performances et autres délices.
Installés à cet endroit respectivement depuis 2011 et 2010, avec leurs galeries éponymes, ces deux complices au parcours atypique nous font chacun découvrir, au fil des expositions qu’ils présentent, des univers à forte dimension narrative.
Interrogés sur leurs choix d’artistes, ils insistent tous deux sur la force de l’émotion esthétique, mais aussi sur la dimension humaine de l’œuvre, de l’artiste et du rapport qu’ils entretiennent avec l’une et l’autre. L’un exprime l’idée du don de soi pour l’artiste tandis que l’autre ne s’imagine pas autrement que passeur, tout comme un livre prolonge et produit du sens, y compris le sens d’une œuvre d’art. Ils revendiquent également l’acte militant d’acheter eux-mêmes des œuvres de leurs artistes, en tant qu’engagement personnel du galeriste vis-à-vis de ceux qu’il soutient professionnellement, mais aussi par besoin d’être imprégné de certaines œuvres au-delà des murs de la galerie, dans une sphère intime. Et de revenir à l’animalité des sentiments face à une œuvre qui nous submerge jusqu’aux larmes, avant même d’en saisir le sens. Enfin, ils ne manquent pas de souligner la capacité de l’art à nous « faire avancer plus loin que la planète, ensemble », à nous questionner dans notre rapport à l’autre, à donner du sens. Un sens multiple, mais concis, loin d’une certaine glose pseudo-intellectuelle.

 

 

 

Pour ce premier opus de Galerie de galeristes, Vincent Sator et Christian Berst nous font découvrir leur univers de 1 à 10…

 

Interview

 

UNE œuvre qui vous électrise

Vincent Sator
Une installation que j’ai découverte l’été dernier à la Fondation Prada : Five car stud, d’Edward Kienholz. C’est une installation de la fin des années 1960 qui est sublime.

Christian Berst
Le jardin des délices de Jérôme Bosch.

 

DEUX mesures pour l’art si vous étiez Ministre de la Culture

VS
Une mesure drôle pour commencer : pérenniser l’idée que les œuvres d’art ne seront jamais dans l’ISF car ça revient régulièrement ! (rires)
Une deuxième…

CB
J’en ai deux !
La première mesure serait très simple : la gratuité totale de tous les lieux de culture, musées, centres d’art, etc.
La deuxième mesure serait un véritable enseignement de l’art qui ne se réduise pas à des cours de dessins, de macramé ou de pâte à modeler… Cela n’exclut pas du tout la pratique, c’est très bien ; cela peut développer des aptitudes, donner le goût, etc. Mais je veux parler de mise en lumière ; amener les enfants dans les musées, leur expliquer, parler de la relation de l’œuvre avec son époque parce que cela crée des passerelles avec l’histoire, avec la géographie, avec la culture dans laquelle on baigne.

VS
J’ajouterai à la deuxième mesure de Christian, l’enseignement de l’histoire de l’art. C’est vrai que plusieurs des artistes de la galerie travaillent ce rapport à l’image. Il est bien évident qu’on est noyé dans l’image, par l’image aujourd’hui, par Internet, par le cinéma. On est aujourd’hui dans un monde d’images qui n’est pas du tout le même que celui que nous avons connu au moins étant enfants. A travers l’histoire de l’art c’est aussi ça, c’est apprendre l’image, la comprendre, la décrypter et apprendre à la lire. On apprend la littérature à l’école ; c’est important de comprendre un texte. De la même manière, apprendre à comprendre l’image, c’est rejoindre l’art de ce point de vue là.

 

TROIS phrases pour définir passé, présent et futur

VS
Passé, je dirais l’émotion. Le présent, la joie, la beauté et le futur, l’excitation. J’hésitais à citer du Apollinaire, mais ce n’était que pour le passé, pas pour le présent ni le futur ! (rires)

CB
Passé, présent et futur… Difficile…
Le passé, j’ai envie de dire que c’est le ferment. Le présent, c’est la germination et le futur, c’est la floraison.

 

QUATRE vérités que vous aimeriez dire

VS
J’ai un cri de civilisation depuis quelques années. On évoquait tout à l’heure l’époque dans laquelle nous vivons qui est indéniablement de transition. Qui est douloureuse, comme toute époque de transition l’est. Ce qui ressort quand même, je trouve, par rapport à cela, c’est que plus je voyage, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis, en Asie, etc., plus je me rends compte de la richesse extraordinaire de l’être humain. Ce que j’aurais envie de dire comme une sorte de vérité un peu naïve, un peu absolue, c’est d’avoir confiance. D’avoir confiance en soi, d’avoir confiance en l’homme et de continuer de créer, de construire, de s’intéresser et de s’ouvrir.
Voilà mes quatre vérités ! (rires)

CB
C’est Vincent qui m’inspire la suite parce que dans le droit fil de ce qu’il vient de dire, j’aimerais que non seulement ce soit le premier budget et de très très loin, je ne veux pas dire de la Culture, mais de l’Education. Car c’est sur l’éducation que repose tout le reste. J’ai été beaucoup confronté, et je le suis encore aujourd’hui, à des gens qui sont tous plus diplômés, savants que moi dans le domaine de l’art, mais dont malheureusement j’ai à constater l’ignorance crasse dans le domaine qui est le mien. Or, cette ignorance, quand elle se transforme en dogmatisme, est extrêmement blessante parce que c’est presque une injure à l’intelligence. Là, c’est ramené à mon petit microcosme, mais plus généralement je pense que beaucoup de maux proviennent du manque d’éducation. Je pense que tout le reste en découlerait et deviendrait plus harmonieux si tout le monde était éduqué.

 

CINQ personnes, lieux, villes avec lesquels vous êtes connectés

VS
Personnes, lieux, villes ? Christian Berst ! (rires)

CB
Je ne peux rien ajouter de plus que Vincent Sator ! (rires)

VS
Des personnes, il y en a beaucoup. Les lieux, ça m’amuse plus. Florence, Paris, Hong-Kong et, j’allais dire New York, mais non, Londres. Chacune de ces villes sont, pour moi, des villes tellement chargées de beauté et d’intelligence humaines que chaque fois que je vais dans ces villes j’ai le sentiment que tout est possible. J’ai une sorte de confiance absolue, par rapport au passé, à ce qu’on est, à ce qu’on peut faire.

CB
Personnes, villes, lieux, tout confondu ?
Paris aussi, oui, indéniablement. Paris m’a fait devenir quelqu’un d’autre. New York. Je citerai aussi une ville disparue, Ur, la cité sumérienne, qui a beaucoup compté dans mon existence et qui compte encore. Dans les personnages, pour faire le lien avec la ville d’Ur, je dirai Gilgamesh, qui nous renvoie à la fois à la littérature, puisqu’il sagit du premier texte considéré comme littéraire que nous ayons dans notre patrimoine ; il y en a peut-être d’autres, mais c’est le plus ancien que nous connaissons pour le moment. Ensuite, il y a une quantité d’auteurs plus récents qui m’ont marqué que ce soit des penseurs ou, et plus souvent en fait, des poètes. C’est vrai que des poètes comme Rimbaud, aussi « tarte à la crème » que ça puisse paraître, ont beaucoup compté pour moi. C’est quand même, quoi qu’on dise, une révolution de la littérature. Dans les poètes du 20e siècle, je ne suis jamais avare de citations de René Char.

VS
Pas Eluard ?

CB
J’ai beaucoup lu, j’ai même la Pleïade d’Eluard, mais c’est vraiment Char que j’aime.
J’ai adoré, il a même écrit cette très belle histoire, dont je me suis souvenu en devenant le galeriste d’art brut que je suis. C’est une histoire que j’ai lue quand j’étais adolescent, dans la Pleïade déjà – je mettais mes moindres sous dans les livres– qui est l’histoire d’un fou qu’on a retrouvé attaché aux grilles qui entouraient la colonne Vendôme et qui hurlait : « Laissez-moi sortir, laissez-moi sortir ! ». (rires) C’est Eluard qui raconte cette histoire.

 

Plutôt SIX heures de sommeil ou 12 ?

VS
Huit j’allais dire ! (rires)
Je suis un très gros dormeur, j’adore dormir et je dors très bien, tout le temps. Mais c’est vrai que j’apprends à moins dormir, tout doucement.

CB
Moi, je suis victime de mon éducation protestante. Je culpabilise quand je dors ! (rires) Quand je ne fais rien, je culpabilise. Partir en vacances, c’est pour moi une damnation !

 

Vous avez SEPT jours pour refaire le monde. Par quoi commencez-vous ?

CB
On y a déjà répondu un peu partiellement, avec l’éducation. Oui, que nous mettions juste pour voir tout l’argent de l’armement dans l’éducation pendant deux-trois ans, et partout dans le monde. Juste pour voir ce que ça fait. Ce serait fabuleux, à part pour quelques industriels.

VS
Et j’ajouterai le voyage, dans une société idyllique. Et ça c’est l’expérience d’Erasmus que j’ai eue.

CB
Oui, mais l’éducation rend curieux. Tu as envie d’aller au devant de l’autre, quand tu es éduqué.

VS
Oui et non, j’ai envie de dire, pour avoir rencontré parfois des gens qui étaient tout à fait éduqués, mais totalement fermé, à qui il manquait quelque chose de l’ordre de l’empirique. L’éducation c’est le savoir. Je trouve que pour atteindre la connaissance, il te faut aussi l’empirique.

CB
Je ne suis pas tout à fait d’accord. Pour moi, l’éducation n’est pas synonyme de savoir. Justement, effectivement le savoir peut t’éloigner de ce rapport quasi-tactile aux choses. L’éducation te prépare justement à être double. C’est très différent du savoir.

WATT
Apprendre à apprendre

CB
Oui, exactement. Apprendre à apprendre, apprendre à aimer apprendre et conserver la curiosité et ne pas être confit dans ses certitudes. Il y a une phrase de Rostand, en fait ce sont deux mots, qui est la plus belle allitération que je connaisse et que je sers à tous les dogmatiques régulièrement, c’est « Certitude, servitude ». C’est une allitération fabuleuse, magnifique ! En deux mots, tout est dit ! L’éducation te prépare aussi à sortir de tes certitudes, à te préparer à découvrir de l’inconnu, à l’imprévisible, la rencontre de l’autre, etc. Ce n’est pas le savoir.

VS
Mais je reviens à l’empirique, malgré tout. L’empirique est extrêmement important pour ressentir les choses.

CB
C’est vrai. En fait, l’éducation aujourd’hui fabrique des techniciens. Il y a une terminologie dans les études qui existe encore en Belgique, c’est « faire ses humanités ». Je trouve cela magnifique.

VS
On disait ça autrefois en France.

CB
Exactement. Cela a une signification que la terminologie ait disparu. Cela veut dire que c’est tout un champ sémantique qui disparaît parce que tout simplement, la manière dont on appréhende l’éducation, s’est considérablement modifiée. Je pense que ce tronc commun d’humanité devrait être prépondérant.

VS
Cela a été flagrant sous Sarkozy. La remarque sur La Princesse de Clèves, relève une vision utilitaire de l’éducation. Pourquoi une guichetière à la poste aurait-elle besoin d’avoir lu La Princesse de Clèves au collège pour vendre des timbres ?
J’ai eu mille fois cette discussion avec des amis sur le grec. J’ai appris le grec ancien ; je ne suis pas latiniste, je suis helléniste de formation. Apprendre le grec a été une des plus grandes sources d’extase intellectuellement. Il y avait de l’émotion. C’était sublime, les textes étaient à pleurer de beauté. Le nombre de fois où on m’a dit que ça ne servait à rien !

CB
Sans compter tout ce que ça t’apprend sur l’étymologie. C’est fabuleux !

 

Quelle est votre HUITième merveille du monde ?

VS
Par définition, c’est quand même une construction humaine, ça ne peut pas être un paysage naturel. Mais si on prend en compte aussi les paysages naturels, il y a un paysage pour lequel j’ai eu une émotion unique, c’est en Indonésie, à Java, dans le site de Bromo qui est un volcan spectaculaire, extraordinaire, au milieu duquel un temple a été construit. La présence extrêmement fragile, presque délicate, instable du temple au milieu d’un paysage apocalyptique, ça a été une émotion unique, fabuleuse !
Par contre en construction purement humaine, le Parthénon aurait dû y être je trouve ! (rires)

CB
En construction humaine, je ne vois pas. Mais en formation naturelle, pour moi c’est la lune, depuis que je sais que c’est un morceau de notre terre qui est parti. C’est fabuleux de penser que ce satellite, à la fois, c’est un morceau de nous, quelque chose qui nous renvoie la lumière du soleil même la nuit et quelque chose qui est un point de fixation pour tous les rêveurs. C’est extraordinaire !

VS
Et depuis toujours.

CB
Depuis toujours !

 

Quoi de NEUF ?

VS
Tout va bien ! (rires)
Plein de choses. Plein de projets. On l’a un peu évoqué tout à l’heure, la période est difficile. Sans parler du contexte mondial, dans le métier qu’est le nôtre, le contexte est compliqué, mais il y a plein de choses magnifiques qui se font, qui avancent. Je suis vraiment très serein. Il y a une inquiétude généralisée, c’est une réalité, il ne faut pas la nier, mais à la fois je trouve qu’il y a des choses magnifiques qui se créent, qui se pensent. Il y a un dynamisme réel. L’envie est là.

CB
Les crises obligent toujours à se réinventer. Ça a ceci de bon. On a la tentation parfois de se lamenter sur son sort, mais quand on essaie d’envisager la question à une échelle plus globale, on se rend compte qu’on fait partie d’une toute petite pointe de la pyramide humaine. Nous sommes des nantis absolus. Nous vivons tous comme des nababs par rapport aux capacités de cette planète. Donc globalement j’ai l’impression que tout va bien pour un petit nombre d’entre nous dont on a la chance d’être, mais tout va quand même très mal pour le plus grand nombre.
Faire preuve d’un peu plus de solidarité ce serait bien. Je ne sais pas si c’est une idée neuve, c’est une vieille idée ! Mais c’est bien de la rappeler.

 

L’art en DIX mots

VS
Là maintenant, en dix mots !
Transcendance, émotion, Stendhal…

CB
Métaphysique, tellurique.

VS
Mysticisme, pensée.

CB
Mystère.
J’adore cette histoire. Ce sont deux messieurs qui conversaient sur la caractéristique qui faisait qu’une œuvre traversait le temps. Le premier qui prend la parole essaie d’éclairer les qualités esthétiques intrinsèques et devant la notion du beau, du bon platonicien. Donc une sorte d’alpha et d’oméga. Et l’autre de dire : « Il n’y a qu’une chose qui dure, c’est le mystère ».

 

Vincent Sator – Galerie Sator

C’est à la suite d’un master à Florence, en Italie, en histoire contemporaine que Vincent Sator est conquis par la « double cause, culturelle et européenne ». Il décide alors de compléter ses études littéraires et d’histoire effectuées à la Sorbonne par un master à Sciences Po Strasbourg sur les questions patrimoniales. D’abord tenté par la voie des administrations publiques (Commission européenne, Ministère de la culture…), il s’oriente vers les institutions muséales pour leurs dimensions culturelles et politiques notamment – ce qu’il n’avait pu trouver dans le cadre trop rigide des administrations. En dépit de ses expériences passées très positives, il comprend en effet que c’est au sein des musées qu’il va pouvoir être confronté à la dimension intellectuelle et scientifique dans le rapport à l’œuvre, la dimension pédagogique et de passation et surtout le contact direct avec l’œuvre. Ce choix confirmé – à la suite d’un stage au Centre Pompidou avec le conservateur en charge des collections – le pousse à retourner aux études pour préparer le concours de Conservateur du patrimoine et, parallèlement, à suivre un master d’histoire de l’art avec Philippe Dagen pour assoir ses connaissances dans le domaine. Après deux tentatives malheureuses au concours de Conservateur (il sera recalé à l’oral la deuxième fois, du fait de son parcours trop atypique) et un profil jugé trop qualifié pour les missions auxquelles il prétend dans le secteur public, Vincent Sator décide de se tourner vers le secteur privé et particulièrement le projet de la Fondation Pinault qui émerge au milieu des années 2000.
Sa rencontre avec Marc Blondeau, galeriste et conseiller en art de François Pinault, chez qui il va faire un stage d’un an à Genève, va complètement infléchir son orientation professionnelle. Cette expérience va lui faire découvrir une liberté insoupçonnée au contact de la sphère culturelle publique, mais surtout le rapport direct aux artistes, à la création contemporaine et aux collectionneurs. Contrairement à ses premières idées réfractaires vis-à-vis du marché de l’art, il perçoit la dimension de passeur qui peut exister.
Son retour à Paris s’avère difficile car, âgé d’environ trente ans, il est « trop vieux » pour faire des stages dans le milieu des galeries. Il a toutefois la possibilité d’être responsable d’une exposition à Hong-Kong et c’est à cette occasion qu’il fera la connaissance de l’américaine Dianne Beale qui lui propose de co-diriger la galerie qu’elle ouvre à Paris, consacrée à l’art russe, en 2007. Cette expérience se terminera au bout de 3 ans, suite à la crise financière. Convaincu d’avoir enfin trouvé sa voie, il décide d’ouvrir en 2011 sa propre galerie, la Galerie Sator, dont il donne d’emblée une couleur internationale avec des artistes russes, chinois comme français parmi lesquels Yevgeniy Fiks, Yen Hang, Truc-Anh ou encore Raphaël Denis.

 

selfie_sator_berstde gauche à droite : Christian Berst et Vincent Sator

Christian Berst – christian berst art brut

Christian Berst revendique son parcours d’autodidacte au cours duquel il a exercé plusieurs métiers, toutefois toujours en relation avec le livre et l’écrit.
Si, jusqu’à l’âge de 17 ans, son entourage est persuadé qu’il deviendra artiste, sa rencontre avec la littérature le déviera de cette voie, sans l’éloigner pour autant du monde de l’art. Son amour des livres et son envie de travailler dans l’édition va l’amener à prendre part aux éditions Actes Sud, pour lesquelles il aura pour mission, dans le milieu des années 1990, de créer un site Internet, non pas conçu comme un simple catalogue, mais avec un réel modèle économique permettant que la chose s’autofinance. C’est ainsi qu’il élabore le premier site marchand de livres neufs et d’occasion, Chapitre.com, bien avant l’existence d’Amazon. Cette expérience lui permettra d’être identifié comme un spécialiste de l’Internet littéraire, en quelque sorte, et d’effectuer plusieurs autres missions dans ce domaine. C’est un livre sur Adolf Wölfli, artiste suisse schizophrène (1864-1930), découvert des années avant, qui va finalement transformer son parcours professionnel et personnel. Saisi par la force et la beauté de ses œuvres, il s’aperçoit qu’aucun écrit ou presque n’existe sur cet artiste. Il réalise également que ce qu’il a lu de Dubuffet sur le sujet ne correspond pas vraiment avec ce qu’il découvre grâce à Wölfli. Il va ainsi se passionner pour l’art brut ; passion dont il entrevoit aujourd’hui le lien avec son affection de toujours pour la Mésopotamie ancienne. Il s’engage avec force dans la constitution progressive d’une bibliothèque dédiée et dans des correspondances avec des spécialistes de la question, partout dans le monde. Après plusieurs années passées à approfondir ce sujet en parallèle de sa vie professionnelle, il décide de monter une maison d’édition de livres d’art. Il s’installe en 2005 dans un grand espace dans le quartier de la Bastille et se met à organiser petit à petit des expositions d’art brut, pour donner une meilleure visibilité à ce champ méconnu et dialoguer avec les livres qu’il édite. De plus en plus conscient qu’il s’agit d’un vrai sujet, dans la mesure où l’art brut s’avère quasiment absent du paysage culturel français, il réalise qu’il doit choisir entre les deux métiers qu’il développe fortuitement. C’est ainsi qu’il décide finalement de devenir galeriste d’art brut, afin de « réparer une injustice majeure dans l’histoire de l’art » en redonnant toute la place que ce champ artistique mérite.
Il est installé Passage des Gravilliers depuis 2010 et continue à produire des livres, en tant que galeriste. Les artistes qu’il expose viennent du monde entier. Parmi eux, Pepe Gaitan (Colombie), Beverly Baker (Etats-Unis), Melvin Way (Etats-Unis) et José Maunel Egea. 

 

Retrouvez nos interviews de Truc-Anh et Raphaël Denis.

En ce moment, à la Galerie Sator : Alexeï Vassiliev, du 19 novembre au 24 décembre 2016. A la galerie christian berst art brut : ART vs WILD, du 22 novembre au 27 novembre 2016.

[Image de Une : photo-montage d’œuvres d’Alexeï Vassiliev et d’Alexandro Garcia]