Il fait si chaud. Allez ! On plonge.

Plongeons dans l’univers de la représentation de la piscine dans la peinture, le dessin, l’art contemporain, sujet archi-rafraîchissant.

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En tant qu’élément construit qui pourrait intéresser l’architecte, la piscine est un vide, une structure paradoxale. C’est une excavation du sol que l’on va ensuite rendre étanche puis remplir d’eau bleue (évidemment !). Mais surtout ce creux va prendre tout son sens pour l’hédoniste et la sportive que je suis. Et c’est avec délectation que je me noie dans la vision de certains artistes inspirés par cette construction.

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David Hockney, of course, introduit le sujet dans la peinture contemporaine dans les années 60, et ce après plusieurs voyages depuis sa pluvieuse Angleterre (avant de s’installer quelques temps à Los Angeles, CA, Mecque de la piscine privée). Les piscines (ci-dessus A bigger splash, 1967) sont exposées en Californie, c’est de l’apparat (salvateur vu le climat…), celles-ci sont le symbole d’une certaine forme d’insouciance et un signe extérieur de richesse. Pour Benjamin Braddock, (Dustin Hoffman dans The graduate de Mike Nichols, 1967) retour du fils prodigue, elle est le cœur de la vie sociale, pour lui un refuge, l’antre de son oisiveté, son échappatoire.

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Énigmatique, dans ces deux représentations, on ne s’amuse plus, on ne bronze plus. La fête a mal tourné pour Jonathan Wateridge (Pool party, 2010, huile sur toile), quelque chose est arrivé, cette toile donne quasi à voir une photo de scène de crime. Pour Robert Bingaman (Pool 5, Night pools, 2014 acrylique et huile) l’eau de la piscine devient gaz, le rétro éclairage brouille les pistes de la volumétrie, attiré comme un papillon un soir d’été, on pourrait s’y noyer.

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Fin d’une époque, fin de la belle vie, accident ou désargentement. La piscine est vide, vidée de son sang, de son sens, elle redevient ce paradoxe du creux construit, du rien ? Larry Sultan, Empty pool (série Pictures from home, 1991) nous donne à voir dans sa photographie (très picturale du reste) un instantané de tranche de vie. On imagine, un mauvais placement financier, un fond de retraite en banqueroute. Quant à l’huile de Paul Jung, Pool 5 c’est la décrépitude, la déchéance, ruine urbaine, tout le bâti est en souffrance, abandonné. Il y a certainement eu des enfants qui ont couru autour en criant, au risque de glisser, des bombes éclaboussantes, de la joie et cependant, c’est fini.

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Malika Favre, en tant qu’illustratrice avec ses aplats, ses ombres, redonnent de l’éclat à la piscine. C’est le soleil et la chaleur qu’elle met en avant dans cette campagne pour une marque de chaussure. On retrouve une forme de légèreté et de fête dans ses dessins. Leandro Erlitch de son côté construit des piscines et nous donne le vertige, il se joue de nous. Ce plasticien, devient architecte et pitre, il nous fait perdre nos repères. On s’amuse et on plonge !

Pour aller explorer d’autres profondeurs, à l’ombre des 40°C de ces jours-ci, une petite playlist de film « piscinesque »  :

The party, Blake Edwards, 1969.
Deep end, Jerzy Skolimowski, 1970.
La piscine, Jacques Deray, 1969.
The graduate, Mike Nichols 1967.
The swimmer, Frank Perry, 1968.