ACTE I. Lors de mes vacances, cet été en Bordurie, je suis allé un soir à l’opéra de Szohôd. On y donnait le Faust de Gounod. Bien que le spectacle soit absolument sublime, (ah ! L’air des Bijoux !), j’ai quitté les lieux au milieu du second acte. Les histoires de diable, c’est pas mon truc. Perso, Lucifer ça m’a toujours foutu les jetons.

Toujours est-il qu’en récupérant mes affaires au vestiaire, le préposé me lance : « C’est tout ce que vous désirez ? » Damned ! C’est précisément la même formule de politesse que celle lancée par John Lennon à son assassin alors qu’il vient de lui dédicacer le Double Fantasy. Une célèbre photo immortalise cet instant où John appose son orthographe sous le regard bienveillant de son meurtrier. Il est alors 17h, ce 8 décembre 1980.

John Lennon signs an autograph for Mark Chapman - his murderer, December 8, 1980

Quelques heures plus tard, aux alentours de 22h30, Mark David Chapman tire 5 coups de feu sur John Lennon qui s’écroule dans une mare de sang. L’auteur de Imagine meurt à son arrivée à l’hôpital Roosevelt de NYC.

Ces deux scènes se sont déroulées au même endroit, un lieu maudit. Résidence de Lennon et Yoko Ono, le Dakota Building se situe à l’angle de la 72e et de Central Park. Un lieu, n’ayons pas peur des mots, démoniaque.

 

 

ACTE II. Bâti entre 1884 et 1888 par l’architecte Henry Janeway Hardenbergh, le Dakota Building est un magnifique bâtiment qui mêle, paraît-il, des styles allemand et français. Pour ma part, je lui ai toujours trouvé des airs de château de Dracula hollywoodien, se dressant de façon inquiétante au pied de Central Park avec ses sculptures et ferronneries gothiques. À l’époque, cette partie de Manhattan se trouvait dans les confins de la ville et était encore en grande partie déserte. Le constructeur, le richissime Edward Clark, patron de Singer, était moqué par ses congénères : « Construire un immeuble dans l’Upper West side ? Mais à qui vendrez-vous vos appartements mon pauvre ami ? Autant aller vivre au Dakota ! »

Les prenant au mot, Clark baptisa Dakota Building son édifice. Il possédait, au moment de son inauguration, tous les équipements dernier cri : 4 ascenseurs, chauffage central, équipement électrique, gymnase…

the-dakota-18801

Attirant moult célébrités entre ses murs, le Dakota ne cesse d’être entouré d’une aura mystérieuse. Ses locataires ont pour nom Boris Karloff, notre Frankenstein préféré, ou Alistair Crowley l’un des papes de la magie noire au tournant du siècle. Il est aussi le théâtre du roman de Jack Finney, Le Voyage de Simon Morley, dans lequel le protagoniste voyage dans le temps sous hypnose…

 

ACTE III. Rosemary Woodhouse est-elle aussi sous hypnose lorsqu’elle tombe enceinte de l’enfant du diable ? Qui a oublié le visage de terreur de Mia Farrow dans le film de Polanski (Rosemary’s Baby, 1968), lorsqu’elle découvre avec effroi l’horrible vérité ? Souvenez-vous aussi de l’ambiance oppressante de l’immeuble dans lequel le jeune couple a décidé de s’installer. Oui, souvenez-vous de ces couloirs sombres, de ces visages de pierre sur la façade qui font penser à des gargouilles de cathédrales médiévales, de ces portes qu’il ne faut pas essayer d’ouvrir, des bruits inquiétants dans la tuyauterie la nuit venue… Oui, vous devinez bien, cet immeuble c’est encore le Dakota… Je sais, c’est diabolique.

Mais laissons le dernier mot à Lennon: « Je sais que les Beatles connaîtront le succès comme aucun groupe ne l’a encore connu.

Je le sais très bien, car pour ce succès, j’ai vendu mon âme au diable. »

 

On ne peut mieux dire, mon regretté John. Brrrrrrrr….